Les deux pays s'accusent réciproquement d'entretenir des rébellions. La situation a connu un pourrissement depuis le déclenchement du conflit du Darfour soudanais. Dans ses effets collatéraux, le conflit du Darfour a des répercussions, non seulement au Soudan, mais également en République centrafricaine et au Tchad. Au niveau du triangle dit de la mort, la République Centrafricaine partage des frontières avec le Soudan et le Tchad et souvent la perméabilité de ces frontières amène la République Centrafricaine à être coincée dans des affrontements dont elle ne connaît ni les tenants et les aboutissements. L'adversité entre le Tchad et le Soudan, malgré de multiples accords de paix, s'est transformée en véritable inimitié entretenue par N'djamena et Khartoum. En 2006, une colonne de rebelles tchadiens a attaqué la capitale tchadienne. N'djamena n'avait pas hésité à pointer du doigt le voisin soudanais d'avoir entretenu et équipé ses troupes hostiles au gouvernement du Président Idriss Deby Itno. L'émotion, au cours de cette première attaque de 2006, était telle que le gouvernement centrafricain avait pris, fait et cause pour le Tchad en décrètent la fermeture de ses frontières avec le Soudan. Le chef de l'Etat, le général François Bozizé, avait même, à l'époque, annulé, à la dernière minute, une visite qu'il devait effectuer au Soudan.
L'avion présidentiel soudanais était déjà sur le tarmac de l'aéroport Bangui M'Poko, quand le général François Bozizé avait décliné l'offre soudanaise. En 2008, les rebelles tchadiens avaient opéré une autre tentative. Cette fois, ils avaient infiltré et envahi la ville de N'djamena avant d'être repoussés après plusieurs jours de combat. Le président tchadien Idriss Deby Itno n'avait pas beaucoup apprécié cette plaisanterie de mauvais goût et avait décidé le rappel de son ambassadeur à Khartoum. Depuis, les deux Etats voisins se regardent en véritables chiens de faïence. N'djamena, apprenant la leçon qu'il n' y a jamais deux sans trois, s'était sérieusement préparé sur le plan logistique et militaire. C'est ainsi que la tentative des rebelles de 2009 de s'emparer du pouvoir à N'djamena a tourné court. Malgré les impressionnants moyens déployés par les rebelles, ils ont été mis en déroute par l'année gouvernementale mieux préparée et mieux outillée.
Plus de réactions épidermiques
Lors des attaques de 2008 et 2009, la République centrafricaine, qui partage des frontières avec le Tchad et le Soudan et est membre de la Communauté Sahélo-sahérienne, n'a pas voulu opter pour des réactions épidermiques et s'est résolue à une diplomatie de neutralité. Suite à cette attitude affichée par les autorités de Bangui, le Tchad a dépêché récemment dans la capitale Centrafricaine le Chef d'état major général des Forces Armées tchadiennes, le général Hassane Salel Al Gadam Al Jinedi. Lors de son séjour à Bangui, le Chef d'Etat-major général des Forces Armées tchadiennes s'est entretenu avec le général Antoine Gambi, Ministre des Affaires Etrangères et de la Francophonie. Il a également noué des contacts avec le général François Mobebou, Chef d'état-major des Forces Armées Centrafricaines et a rencontré M. Jean Francis Bozizé, le Ministre Délégué à la Présidence de la République chargé de la Défense et de la Restructure de l'Armée.
Une neutralité vigilante
Non seulement le général Hassane Sahel Al Gadam Al Jinedi a évoqué des questions militaires, mais, mandaté par son gouvernement, il voulait s'enquérir sur la nature des relations diplomatiques entre le Tchad et la République centrafricaine. Le Chef d'état-major général des Forces Armées tchadiennes, tout en évoquant les fréquents incidents entre le Tchad et le Soudan, a voulu en savoir un peu plus sur la nature des relations qu'entretiennent Bangui et Khartoum. Les autorités centrafricaines, qui ont inscrit dorénavant leur politique dans une dynamique de paix, ont fait remarquer à l'émissaire tchadien qu'elles observent une neutralité en privilégiant une vigilance et une cœxistence pacifique avec tous leurs voisins de la sous-région. Appartenant à la CEN-SAD, qui est un espace de paix, de tolérance et de résolution de conflit par la voie pacifique, la République centrafricaine évite de prendre position dans le conflit qui oppose le Tchad au Soudan, afin de mieux assurer une réconciliation entre les deux pays. En pleine restructuration de ses forces de défense et de sécurité, la République centrafricaine dont l'Armée, durement affectée par les crises récurrentes que le pays a connues, ne peut entretenir des velléités guerrières envers les voisins. La sagesse a prévalu dans les négociations avec le Chef d'état-major général des Forces Armées tchadiennes, car la République centrafricaine, confrontée elle-même à ses propres rébellions, s'attelle en priorité au rétablissement de la paix sur son propre territoire. Sa position de neutralité vigilante dans les dissensions entre le Tchad et le Soudan est un atout majeur.
Madimba-Nimba
http://www.reliefweb.int/rw/rwb.nsf/db900SID/KHII-7VH4PB?OpenDocument