Toutes ces élections ont été contestées et certaines qualifiées de non sens par certains observateurs. Ces élections présidentielles forment le terreau de la crise socio-politique qui secoue le pays depuis des décennies.
Il est évident que les élections se déroulent généralement dans le cadre du fonctionnement démocratique des institutions en vue d’opérer des alternances politiques. En d’autres termes, elles sont un moyen démocratique de conquérir ou de conserver le pouvoir politique.
Malheureusement, les exemples d’élections truquées font légion en Afrique et surtout au Togo depuis le déclenchement des processus de démocratisation incités par le Discours de la Baule et le Vent de l’Est au point qu’on en vienne à s’interroger sur la signification des élections en Afrique ?
Les élections constituent la voie par laquelle les peuples participent souvent aux processus de décisions dans leurs pays respectifs et c’est l’une des caractéristiques de la démocratie.
Tout ce que font les gouvernants produit des conséquences sur la vie des citoyens que nous le voulions ou non. Nous ne devons pas rester indifférents.
Lorsque le régime togolais a choisi de chanter et de danser parce que le pays a trouvé de la manne dérivée de l’exploitation des phosphates, le pays tout entier en paie aujourd’hui les pots cassés. Les écoles tombent en ruine, les instituts de formation pédagogique sont devenus des champs ; les hôpitaux manquent de tout, ce qui fait d’eux de vrais mouroirs ; les routes ne sont plus entretenues faute de détournement de fonds ; les nids de d’oiseau y ont avalé tout l’espace bitumé transformant ainsi les voies en de véritables traquenards pour leurs usagers.
La seule voie dont disposent le peuple togolais pour influencer les décisions des gouvernants de leurs pays est l’organisation d’élections libres et transparentes. Malheureusement ces genres d’élections sont des denrées très rares.
Au fil des années, la folie de gouverner a conduit Faure Gnassingbé à faire chavirer le train du développement du pays par des ambitions de favoritisme, de copinage, de gabegie, de corruption, de la mal gouvernance politique et économique.
Opprimé et asservi, le peuple togolais doit réagir très favorablement à l’offre de changement qui se dessine en 2010 qui va enfin lui permettre de reconquérir son espace de liberté violé et volé.
Tout en refusant d’opérer des alternances démocratiques dans le système opaque et patrimonial qu’il a hérité, le régime Faure s’est lancé dans une logique qui consiste à donner par la main droite et à récupérer par la main gauche.
Les multiples acrobaties socio-politiques du régime pour donner une certaine teinture démocratique à la vie nationale constituent un vivant témoignage.
Le multipartisme pour lequel nous avons opté nous impose de nouveaux comportements, de gré ou de force, dans notre lutte pour un lendemain meilleur des générations futures. Les forces du changement doivent adopter une nouvelle forme de lutte politique avec de nouvelle et mature stratégie enfin de défendre la victoire du peuple en 2010.
Nous l’avons déjà dit, à plusieurs reprises, dans nos éditions précédentes qu’aucune force n’est à exclure. L’opposition radicale doit demeurer ouverte et prête à accueillir et soutenir les modérés du RPT affamés de changement et épris de justice. Les leaders qui ont déjà fait leur preuve et qui sont usés par la lutte doivent se mettre à l’écart et constituer de conseil pour les nouveaux leaders.
L’idée d’un rassemblement au tour d’un candidat de l’opposition togolaise a toujours été évoquée mais a également eu à poser des problèmes et laisse susciter à présent encore des interrogations sur la personne qui portera ce flambeau. Aujourd’hui, on dénombre plusieurs candidats à la présidentielle de 2010 : Gilchrist Olympio de l’UFC, Me Yawovi Agboyibo du CAR, Koffi Yamgname de Sursaut-Togo, Agbéyomé Kodjo de OBUTS. Le choix d’un candidat unique de l’opposition est un véritable casse-tête chinois pour l’opposition, qui se positionne toujours en rang dispersé notamment aux élections présidentielles tenues au Togo notamment celles de 1993, 1998, 2003 et 2005, ont fait remarquer des observateurs locaux.
Le drame que crée l’absence de transparence dans les élections au Togo est plus accentué par le soutien de la France aux tyrans au détriment du bien-être des populations. Nous citerons l’appui de Jacques Chirac à Eyadema du Togo et son empressement à saluer la victoire de son fils qui a fait tuer plus de 500 de ses compatriotes pour préserver le pouvoir de son père et travestir les résultats des élections.
La France a soutenu Idris Débi au Tchad et l’a encouragé à faire changer la constitution pour se maintenir au pouvoir. Cela a fait renaître les tensions et les rebellions partout dans le pays. Très rapidement la France a mis des avions au service du régime tchadien contre les rebellions sans se demander pourquoi tant de soulèvements. La France participe à la naissance et à l’aggravation des crises en Afrique notamment en Côte d’Ivoire, au Niger etc. Le cas du Togo en dit très long.
Et pourtant, la France sait donner ce qui est très bon à son peuple. Jacques Chirac n’a pas cherché à se présenter pour un troisième mandat ni à faire modifier la constitution de son pays, ce qui a permis l’élection du hongrois, Nicolas Sarkozy. Mais une question se pose. Pouvons-nous apprendre cette belle leçon de nos amis français ?
Organiser des élections opaques, truquées et violentes constituent des aberrations politiques et des insultes aux peuples. En effet, il est vraiment absurde de dépenser des milliards de francs pour organiser des élections et faire tuer des milliers de compatriotes tout en sachant bien qu’elles ne vont servir à rien.
Depuis 1993, les Togolais sont allés aux urnes pour cinq élections présidentielles et pourtant leurs voix, expressions de leurs désirs n’ont eu aucun effet sur la vie politique du pays.
Ainsi, les élections deviennent de véritables aberrations. L’intérêt national se confond tout simplement et seulement avec celui des gouvernants. Cette absurdité les conduit à faire tuer leurs compatriotes pour conquérir ou conserver le pouvoir politique contre la volonté populaire. A la lumière de ce qui précède, les institutions et le processus démocratique du pays produisent des effets de barbarie sur les citoyens. La loi du plus fort y prévaut. C’est cela la manifestation des aberrations politiques dont nous parlons dans ces colonnes. Les élections représentent de sérieuses insultes aux peuples parce les leaders africains se moquent beaucoup de leurs populations en les invitant aux urnes juste pour jouer de la tragi-comédie. Leurs voix ne comptent pas dans les prises de décisions car les résultats des élections sont connus d’avance.
Le peuple togolais est l’une des vraies victimes des mauvaises élections en Afrique. Il suffit de regarder ce qui se passe aujourd’hui au Togo. Le développement n’a plus aucune signification pour les dirigeants. Ce qui importe pour eux ce sont l’honneur et l’accumulation de fortunes. Certains de ces dirigeants sont plus riches que leur propre paysLe régime Faure doit cesser les aberrations politiques en nous livrant en spectacle aux yeux du monde et mettre fin aux insultes qu’il fait à notre peuple. Nous devons pas être la honte de notre cher continent, l’Afrique, et prouver aux yeux du monde que le Togo n’est pas seulement la terre des désastres, et des fraudes électorales. Et si Faure et ses copains ne veulent le comprendre, le peuple doit prendre ses responsabilités.
Les forces du changement doivent s’unir pour combattre l’arbitraire, les constants changements de constitutions et lois taillées sur mesure pour permettre au régime sanguinaire de s’éterniser au pouvoir. Les fils du Togo doivent s’unir pour faire taire les égoïsmes individuels au profit de l’intérêt du peuple et pour promouvoir la démocratie, facteur de notre progrès.
Ben KITEGI
Le Républicain 154