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Transition politique et reconstruction nationale en Haïti (Un autre plagiat de Felix)

dimanche 19 juin 2005 par Anthony BARBIER

I. LES DEFIS

Depuis le départ du noyau dur de la dictature au tournant des années 1980, Haïti est confronté à trois défis majeurs :

  La modernisation institutionnelle de l’État et du système politique

  La démocratisation de la vie politique

  Le développement durable

Il ne s’agit pas vraiment de défis nouveaux. Mais dans le contexte actuel de globalisation, ils s’inscrivent dans une sorte de « marche forcée » qui rend la transition à la fois euphorique, parce que tout paraît possible, mais affolante et confuse, parce que plus rien n’est comme avant et que tous les repères sont brouillés. La transition dure déjà presque deux décennies, mais la confusion perdure et nos principaux problèmes deviennent plus complexes et plus difficiles à résoudre.

La modernisation institutionnelle de l’État et du système politique

Elle renvoie très concrètement, d’une part au renforcement institutionnel des fonctions de planification, de coordination et de régulation de l’État, mais surtout au renforcement de sa capacité administrative à appliquer le droit et à offrir des services à la population sur tout le territoire national. Toutefois, la poursuite de ces objectifs de modernisation est confrontée à un ensemble de difficultés résultant d’une longue sédimentation historique de problèmes non résolus.

En effet, en Haïti comme en Amérique Latine d’ailleurs, l’État n’a pas vraiment émané des luttes sociales internes. Il s’est formé dans la lutte contre le colonialisme et pour l’indépendance nationale. Mais en Haïti, contrairement à l’Amérique Latine, ce sont les dominés, les anciens esclaves qui ont pris la direction de cette lutte de libération nationale, ce qui donne une coloration différente aux trois grandes valeurs fondatrices de notre société : la Liberté, l’Égalité et la Fraternité.

Là où les élites étatiques cherchaient à consolider l’État pour garantir la défense de l’indépendance et reconstruire l’économie de plantation ravagée par la guerre, la grande masse des anciens esclaves aspirait à la liberté et à l’égalité par l’accès à la propriété comme garante de la citoyenneté. La fraternité qui avait favorisé l’unité dans la lutte contre le colonialisme n’a pas résisté aux confrontations qu’ont entretenues ces deux visions opposées de la nouvelle société à construire. Elle est demeurée une valeur recours, mobilisée non pas tant pour construire un bien-être collectif, mais pour la survie individuelle et, tout au plus, pour faire face à un malheur commun, du genre catastrophe naturelle ou plus souvent contre l’oppression étrangère généralement médiatisé par l’État.

En effet, les élites ont accaparé l’Etat et l’espace urbain tandis que les anciens esclaves ont fui en masse les anciennes plantations coloniales pour se transformer en une paysannerie frondeuse vivant sur de petites parcelles mises en valeurs avec des techniques rudimentaires. L’agriculture paysanne ainsi constituée est une agriculture de subsistance fondée sur des rapports familiaux produisant essentiellement pour l’autoconsommation et secondairement pour la commercialisation. L’économie urbaine est elle-même une économie de rente extravertie parce que fondée sur le commerce de l’import/export à partir de rapports de spoliation avec l’agriculture paysanne et des rapports de dépendance avec l’étranger.

Les analyses de la situation haïtienne, dont les plus intéressantes ont été conduites par une gauche qui n’a pas toujours su adapter ses inspirations marxistes aux réalités du pays, n’insistent jamais suffisamment ou n’ont pas toujours su tirer les conséquences du fait que les élites urbaines n’entretiennent pas avec la paysannerie haïtienne des rapports d’exploitation, de type capitaliste, mais des rapports de prédation et de spoliation dans le cadre d’un modèle d’accumulation agro exportateur qui favorise l’exclusion et l’atomisation sociale plutôt que l’intégration nationale.

L’État lui-même qui est le pilier central de modèle d’accumulation, n’a jamais pu se transformer comme ailleurs en une structure centrale articulée à la défense des intérêts hégémoniques d’une classe ou d’un bloc au pouvoir. Il est resté un « État partisan et spoliateur » davantage préoccupé de médiatiser les luttes intestines entre des élites dont aucune fraction n’est jamais arrivée à imposer une vision hégémonique de la société et de son organisation. Mais il est surtout un « Etat dépendant » qui s’appuie sur les ressources et les valeurs de l’extraversion (ressources et valeurs importées) pour garantir les rapports de spoliation établis entre les élites urbaines et les masses paysannes.

Ainsi, la société haïtienne issue de l’esclavage et constituée dans la dépendance néo-coloniale a développé toute une stratégie du marronnage pour contourner ou détourner les pièges d’une modernisation imposée par le « haut », plus précisément, des lieux d’un État qui se veut modernisateur sans projet de modernité. Or la modernisation est un processus historique concret qui ne prend sens et cohérence que dans le cadre d’un projet de modernité fondé sur le droit qui définit les règles de la gestion des conflits sociaux en vue de garantir la concertation et le minimum consensuel indispensables pour empêcher que la société ne se consume en luttes stériles autour des intérêts sociaux différents et souvent antagoniques.

En fait, depuis 1825, l’État haïtien tire fondamentalement sa légitimité des ressources externes qu’il est capable de mobiliser pour ordonnancer la société par le « haut ». Une société rebelle qui entretient des rapports ambigus avec la modernité en cherchant à la marronner pour tirer avantage de tous ses bienfaits sans être prises dans ses pièges.

La démocratisation de la vie politique

Elle renvoie certainement aux règles et normes d’une vie démocratique au sein des organismes publics, des partis politiques et des organisations de la société civile. Mais beaucoup plus fondamentalement, elle renvoie aux réformes indispensables dans la justice et les appareils de répression (police, prisons) pour garantir le respect des droits citoyens dans tous les domaines.

Il s’agit d’une revendication centrale qui donne sens et cohérence à toutes les autres revendications depuis 1986. En effet, la révolution haïtienne de 1804 n’a pas pu tenir toutes ses promesses de liberté et d’égalité parce que l’Etat auquel elle a donné naissance n’a jamais cherché à mobiliser le Droit pour fonder et institutionnaliser le lien social, mais pour marronner la modernité et justifier le pouvoir personnel du « chef » qui est arrivé à mobiliser des partisans lui permettant de contrôler ses appareils. Et pendant deux siècles (1804 - 2004), l’Etat haïtien a survécu en déployant une stratégie à double volet : D’une part l’atomisation des groupes sociaux internes et, d’autre part, une posture nationaliste lui permettant de contourner les contraintes de la modernité et des puissances externes.

Les revendications pour la citoyenneté n’ont pu se manifester au tournant des années 1980 qu’avec un affaiblissement sans précédent de cet Etat dans le contexte de la crise du modèle d’accumulation agro exportateur face aux exigences de la globalisation capitaliste. Dans ce sens précis, la transition haïtienne ne vise pas un simple changement de gouvernement au moyen d’élections crédibles et démocratiques. Les élections représentent certainement l’objectif premier de la transition. Mais celle-ci vise plus fondamentalement à refonder l’Etat sur le Droit et la bonne gouvernance pour garantir la citoyenneté, appuyer et encadrer le développement, offrir des services à la population.

Le Développement durable

Refonder n’est ni restaurer, ni faire table rase. Il s’agit de construire de nouvelles solidarités étatiques au double regard de nos traditions et des exigences de la mondialisation.

Le développement durable ne saurait dès lors se résumer à mobiliser l’aide internationale humanitaire pour combattre la pauvreté critique. L’aide humanitaire est cruciale pour soulager la misère de notre population dont un peu plus de 75% vit au dessous du seuil de pauvreté. Mais l’appui que nous recherchons auprès de la Communauté internationale et en particulier auprès de nos frères brésiliens et canadiens, doit s’inscrire dans une dynamique de coopération et de solidarité qui nous aide à institutionnaliser la démocratie pour créer les conditions d’une économie modernisée, productive, ouverte et compétitive.

Cela nécessite une reconfiguration non seulement des rapports de production, mais des rapports de pouvoir en général au sein de l’Etat, de l’économie et de la culture. Mais cette reconfiguration ne se fera pas par décret. Elle sera le résultat de mesures et d’actions lentes, progressives et cumulatives visant à moderniser les rapports agraires pour redynamiser l’agriculture paysanne, à relancer les industries touristiques dans une perspective qui régénère notre environnement montagneux et côtier, mais surtout qui valorise notre culture riche et diversifiée parce que s’inspirant de trois grandes sources de civilisation : Africaine, Amérindienne et Européenne.

Or ces mesures et actions de politique économique ne sont pas vraiment envisageables sans de gros investissements « préalables » dans les infrastructures (routes, énergie, communication, ports et aéroports), l’éducation de base, la formation professionnelle, l’enseignement universitaire, les soins de santé primaires, les services urbains collectifs (assainissement, eau, logement, etc.) et la protection sociale. Des « investissements préalables » qui, de toute évidence, dépassent nos capacités actuelles d’accumulation. Quelle est la configuration de la situation actuelle au regard de ces trois grands défis ?

2. Une nouvelle configuration de la transition politique

Les élections du 16 décembre 1990 étaient supposées être les élections fondatrices de notre transition démocratique. Mais le mouvement lavalas qui les a remportées est un mouvement anarcho-populiste articulé à la personnalité de son leader, lequel s’oppose à toute formule organisationnelle qui pourrait contribuer à l’institutionnalisation de la démocratie. Les dérives lavalassiennes nous ont conduit tout droit aux formules traditionnelles de l’autocratisme et de l’autoritarisme étatique.

La démission du président Aristide le 29 février 2004 a ouvert une nouvelle ère de transition que nous devons réussir au risque de déboucher sur un processus de désintégration sociale, économique et politique que nous pourrons difficilement contrôler.

Le Président Aristide et son mouvement lavalas, en particulier son dernier gouvernement dirigé par Monsieur Yvon Neptune, semblaient se donner comme objectif central d’accélérer et d’achever le processus de décomposition institutionnelle de l’État déjà assez avancée sous la dictature des Duvalier et poursuivie sous les différents gouvernements militaires. Toutes nos institutions ont été perverties : la Justice, la Police, l’Administration et les Entreprises Publiques, le Parlement, les Collectivités locales, l’institution électorale. Toutes ont été soumises à un processus de « chimérisation » consistant à y introduire à tous les niveaux, y compris aux postes de direction, des militants lavalas relevant de « gangs armés » fonctionnant sur le mode mafieux et ne rendant compte qu’au Président. Avec un tel gâchis institutionnel, le climat sociopolitique s’est complètement détérioré, l’économie s’est affaissée, aggravant la dégradation des infrastructures dans tous les domaines (Environnement, route, communication, électricité, eau, éducation, santé et logement). Le Président Aristide a démissionné en laissant un pays en lambeau et un Etat défaillant incapable de faire face à la situation.

Réussir la transition

De toute évidence, la transition haïtienne a trop duré. La population est fatiguée, rompue, tandis que le pays accumule des retards mortifères au niveau de tous les grands défis. Mais réussir la transition voulait dire très concrètement s’attaquer à au moins cinq (5) problèmes majeurs :

1) Mettre de l’ordre dans le gâchis institutionnel créé par le dernier gouvernement lavalas sans céder à la tentation de la chasse aux sorcières des pouvoirs traditionnels. Il fallait dresser un premier bilan dans les différentes administrations, ne fut-ce que pour évaluer les dégâts à réparer pour permettre un minimum de fonctionnement étatique.

2) Combattre l’impunité en procédant à des réformes minimales dans l’appareil judiciaire et dans l’administration publique en commençant par dresser un bilan des crimes de sang, de corruption et de malversation administrative.

3) S’attaquer très vite à l’épineux problème du désarmement aussi bien des gangs lavalassiens que des anciens insurgés qui avaient d’ailleurs promis de remettre leurs armes au prochain gouvernement.

4) Définir un cadre d’interventions d’urgence pour soulager la misère des masses et créer les conditions d’un minimum de redressement économique.

5) Négocier avec la communauté internationale un programme de coopération intérimaire (PCI) précisant autant les champs de la coopération économique et sociale que la mission et les rôles de la MINUSTAH.

La résolution de ces problèmes paraissait indispensable pour garantir la réalisation d’élections crédibles. Mais les partis politiques et les organisations de la société civile ont perdu la fragile cohésion réalisée au sein de la Plateforme démocratique en se dispersant dans des activités de survie. Le gouvernement s’est senti seul maître de la transition et a fait montre d’un laxisme et d’une lenteur pour le moins inquiétants vis-à-vis de tous les problèmes pourtant ciblés dans l’Accord du 4 Avril 2004 signé entre le gouvernement, la classe politique et les principales organisations de la société civile impliquées dans la Plateforme démocratique.

Le gouvernement s’est contenté de négocier avec la communauté internationale un cadre de coopération intérimaire (CCI) qui est en fait un registre de projets à caractère socio-économique totalisant des « promesses » pour environ 1.5 milliards de dollars US. Comme toujours, la communauté internationale n’a respecté que très peu de ses promesses et aujourd’hui, la situation chaotique que vit le pays aujourd’hui ne permet pas vraiment d’augurer des élections sérieuses telles que prévues pour la fin de cette année.

Aujourd’hui, nous devons être réalistes. Le gouvernement intérimaire a raté son mandat au regard des principaux problèmes de la transition. Il lui reste seulement la chance de prendre les dispositions nécessaires pour mobiliser les autres acteurs clefs de la transition - et nous désignons ici très explicitement les partis politiques, les organisations de la société civile et la communauté internationale - sur le seul objectif encore réalisable : l’organisation d’élections acceptables pour tout le monde. Cela implique justement que « tout le monde » s’accorde sur la nécessité d’organiser les élections effectivement à la fin de cette année et assume, chacun en ce qui le concerne, ses responsabilités dans la résolution du problème de la sécurité.

3. Les acteurs clefs de la transition

Le Gouvernement

Il est le premier concerné dans la recherche des solutions à l’épineuse question de la sécurité. Mais il n’a pas jusqu’à présent su se montrer suffisamment cohérent pour mobiliser la population et les autres acteurs autour d’une stratégie de lutte pour le désarmement et contre l’insécurité. Au contraire le laxisme et la lenteur du gouvernement intérimaire sont devenus proverbiaux face à la persistance d’actes de banditisme opérés par des groupes connus, identifiés et localisés, n’ayant de surcroît aucun lien avec le gouvernement.

Ce dernier doit se donner la cohérence nécessaire pour définir avec la police et la MINUSTAH une stratégie de désarmement des gangs criminels et des anciens insurgés qui détiennent illégalement leurs armes en créant une atmosphère d’anarchie nuisible au processus électorale. Mais par-dessus tout, le gouvernement doit prendre des mesures concrètes pour accompagner le Conseil électoral dans la mise en place des dispositifs nécessaires à la réalisation des élections à la fin de cette année. Aujourd’hui, cela n’est pas évident.

La classe politique

Elle paraît aujourd’hui atomisée et incapable de définir ce qu’on pourrait considérer comme des tendances électorales mobilisatrices. Elle réclame à cor et à cri de la sécurité pour aller aux élections. Mais le rapport est dialectique entre les élections et la sécurité. Celle-ci ne saurait relever uniquement de la responsabilité du gouvernement, de la police et de la MINUSTAH. La population doit s’y impliquer activement. Elle ne le fera pas si elle n’est pas engagée dans une dynamique de mobilisation électorale autour de grandes tendances politiques garantissant des solutions réalistes à ses principaux problèmes.

Il devient donc urgent et impérieux que les responsables politiques engagent le dialogue et la concertation indispensable pour une reconfiguration de la scène politique autour de deux, trois, quatre ou même cinq grandes politiques plutôt que cette multitude de particules dont aucun n’a jusqu’à présent démontré la moindre capacité de faire face aux grand défis de la nation.

Ils doivent par ailleurs s’engager résolument en faveur de la réalisation des élections à la fin de cette année. Certains d’entre eux veulent encore recourir aux méthodes anarchiques des manifestations de rue pour le renvoi du gouvernement intérimaire. Nous pensons au Groupe des 184 que c’est une erreur. Nous pensons qu’il est plus réaliste, même si c’est plus difficile, de mobiliser la population autour d’alliances modernisantes pour la gouvernabilité du pays au cours des 20 ã 25 prochaines années.

C’est dans cette perspective que nous avons participé activement à l’effort du gouvernement en vue de lancer, sous les auspices de la Présidence, le Dialogue National avec deux types d’objectifs :

D’abord des objectifs préélectoraux visant :

a) L’élaboration d’un code de conduite électorale qui vient renforcer et consolider les dispositions du document électoral produit par le CEP

b) La signature d’un pacte de gouvernabilité engageant les responsabilités du pouvoir et de la nouvelle opposition issus des élections dans la création d’un climat de stabilité politique indispensable au développement du pays.

Ensuite des objectifs post électoraux dont la poursuite relèverait plus précisément de la responsabilité du nouveau gouvernement issu des élections et qui viseraient à mobiliser la nation autour d’objectifs de bonne gouvernance dans cinq domaines clefs : politique, économique, social, culturel et spatial.

La Société Civile

C’est un concept flou aux contours mal définis. Mais il renvoie généralement à une réalité tangible et multiforme : celle des institutions, groupes, associations de tous genres qui gèrent des espaces intermédiaires d’identité collective entre l’Etat et la société atomisée.

Dans le contexte haïtien, il désigne l’ensemble des organisations et des associations de différente nature et de tendances politiques diverses qui s’impliquent dans la mobilisation sociale et politique en dehors des partis politiques et des sphères de l’Etat. Comme les partis politiques, la société civile haïtienne est soumise à la logique groupusculaire ; mais déjà on y retrouve trois grands regroupements autour :

  du Groupe des 184 qui regroupe un peu plus de 300 organisations représentant 13 secteurs vitaux de la vie nationale allant des secteurs d’affaires aux secteurs paysan et populaires urbains, en passant par les intellectuels, artistes, jeunes et étudiants, professionnels et femmes ;

  de la PAPDA qui regroupe l’essentiel des organisations où la gauche haïtienne cherche à définir les voies d’un « Développement alternatif »

  De la KONAP qui est le plus grand regroupement des organisations féministes du pays.

Aucune de ces organisations ne peut vraiment prétendre à une représentation exhaustive de la multitude d’associations, groupements et institutions relevant de leur secteur respectif. Aussi la société civile demeure - t- elle encore atomisée et manque la cohésion nécessaire pour bien jouer son rôle dans la transition.

Toutefois, elle peut peser d’un poids important dans la mobilisation en faveur des élections et surtout pour convaincre les partis politiques à se regrouper en tendances significatives et mobilisatrices.

Conclusion

Haïti doit réussir l’actuelle transition pour aborder les défis de la modernité, de la démocratie et du développement dans le contexte de la globalisation. En raison de problèmes liés au comportement des principaux acteurs, en particulier le gouvernement, la classe politique et la société civile organisée, le pays accumule des retards mortifères au regard des ces trois grands défis et aujourd’hui la transition est à une phase critique où chaque acteur doit jouer son rôle pour favoriser la réalisation d’élections véritablement fondatrices pour la consolidation institutionnelle de la démocratie dans notre société.

L'article de Felix est le suivant

Quand les politiques rivalisent l'ingéniosité clanique!       
Ecrit par Dr Felix Ngoussou    
09-11-2008 
Felix Ngoussou s'explique sur l'état mortifère du pays...
Les politiques doivent réussir l’unité face à l’actuelle bataille pour aborder les défis de la modernité, de la démocratie et du développement dans le contexte de la globalisation. En raison de problèmes liés au comportement des principaux acteurs, en particulier le gouvernement, la classe politique et la société civile organisée, le pays accumule des retards mortifères au regard des ces trois grands défis et aujourd’hui la démocratie est à une phase critique où chaque acteur doit jouer son rôle pour favoriser la réalisation d’élections véritablement fondatrices pour la consolidation institutionnelle de la démocratie dans notre société.

Quand on fait un tour des médias tchadiens, et si de surcroit on fait une lecture attentive du champ politique réservé aux politico-armés tchadiens, on constate que les grands seigneurs de guerre convertis à la politique comme les hommes politiques naturels ont souvent failli à leur vocation de démocrates.

En effet, le champ politique tchadien se caractérise par un déficit de volonté ou de souci dans la prise en charge du destin collectif et populaire avec tous les effets liés dont le principal est la transcendance du destin collectif. Peu de tchadiens pensent qu’une nation demeure, seuls les hommes passent. Beaucoup d’hommes politiques ne comprennent toujours pas que le destin individuel n’est qu’un épiphénomène dans le destin collectif. Mais que peut-on dire de la volonté de l’homme politique tchadien si on ne se force pas à l’apparenter à une métaphysique de l’histoire.

Si le Tchad intrigue de par ses problèmes devenus endémiques, l’étendue des défis auxquels il a à faire face et leur complexité, c’est-à-dire le degré de difficulté de ses problèmes, c’est bien la faute des tchadiens eux-mêmes. Pourtant, disait-on il y a quelques années, le troisième millénaire sera africain. Pour l’heure, le troisième millénaire est là et, l’Afrique, mieux encore le Tchad est le plus grand absent du wagon. Certes, il n’est guère trop tard et on ose espérer un réveil mais en attendant, en tout cas, l’heure est à la réflexion, à la mobilisation des énergies, des forces vives du Tchad.

Sur le sujet du pouvoir au Tchad, les politico-armés rivalisent à l’envie d’ingéniosité clanique. D’aucuns pensent en effet que les problèmes du Tchad, c’est d’abord eux. On voit que chaque clan à son armée, non! Sa rébellion ! Mais ils ne sont toujours pas arrivés à présenter un début de solutions aux sources de nos conflits.

Le Tchad ne peut être mieux que si nous commençons ensemble une révolution de nos états d’esprit, du rapport que nous entretenons entre nous et de l’objectif du changement souhaité. Le travail à opérer, on le voit, est plus abstrait qu’infrastructurel, plus transcendant que technologique ou économique.


Il est vrai qu’au Tchad, l’État n’a pas vraiment émané des luttes sociales internes. Il s’est formé sans une véritable lutte contre le colonialisme et surtout pour l’indépendance nationale. Ce manque de lutte pour l’indépendance a donné une coloration différente aux trois grandes valeurs fondatrices de la société tchadienne : L’Unité-Travail-Progrès.

Le manque de lutte pour l’indépendance avait favorisé la division du Tchad en clans et, cela n’a pas résisté aux confrontations qu’ont entretenues les visions opposées de la nouvelle société à construire. Elle est demeurée une valeur recours, mobilisée non pas tant pour construire un bien-être collectif, mais pour la survie d’un clan et, moins encore pour faire face à un malheur commun.
Les analyses de la situation tchadienne , dont les plus intéressantes ont été conduites par une gauche qui n’a pas toujours su adapter ses inspirations aux réalités du pays, n’insistent jamais suffisamment ou n’ont pas toujours su tirer les conséquences du fait que les clans au Tchad n’entretiennent entre eux que des rapports d’exploitation, de type capitaliste comme des rapports de prédation et de spoliation dans le cadre d’un modèle d’accumulation qui favorise l’exclusion et l’atomisation sociale plutôt que l’intégration nationale.

Il faut partir des royaumes et des sultanats pour comprendre que l’unité est un vain mot. L’État lui-même est le pilier central de modèle d’accumulation. Il n’a jamais pu se transformer comme ailleurs en une structure centrale articulée à la défense des intérêts de tous les tchadiens mais des intérêts hégémoniques d’une classe ou d’un bloc au pouvoir. Il est resté un État partisan et spoliateur davantage préoccupé de médiatiser les luttes intestines entre des clans.

De toute évidence, la transition tchadienne a trop duré. La population est fatiguée, rompue, tandis que le pays accumule des retards mortifères au niveau de tous les grands défis. Mais réussir la transition voulait dire très concrètement s’attaquer à au moins cinq (5) problèmes majeurs :

1) Mettre de l’ordre dans le gâchis institutionnel créé par le régime actuel sans céder à la tentation de la chasse aux sorcières des pouvoirs traditionnels. Il fallait dresser un premier bilan dans les différentes administrations, ne fut-ce que pour évaluer les dégâts à réparer pour permettre un minimum de fonctionnement étatique.

2) Combattre l’impunité en procédant à des réformes minimales dans l’appareil judiciaire et dans l’administration publique en commençant par dresser un bilan des crimes de sang, de corruption et de malversation administrative.

3) S’attaquer très vite à l’épineux problème du désarmement.

4) Définir un cadre d’interventions d’urgence pour soulager la misère des masses et créer les conditions d’un minimum de redressement économique.

5) Négocier avec la communauté internationale un programme de coopération intérimaire précisant autant les champs de la coopération économique et sociale que la mission et les rôles.

La résolution de ces problèmes paraissait indispensable pour garantir la réalisation d’élections crédibles. Mais les partis politiques et les organisations de la société civile ont perdu la fragile cohésion réalisée au sein de la société civile en se dispersant dans des activités de survie. Le gouvernement s’est senti seul maître de la transition et a fait montre d’un laxisme et d’une lenteur pour le moins inquiétants vis-à-vis de tous les problèmes pourtant ciblés dans les recommandations de la conférence nationale.

Aujourd’hui, nous devons être réalistes. Le régime actuel a raté son mandat au regard des principaux problèmes de son programme. Il lui reste seulement la chance de prendre les dispositions nécessaires pour mobiliser les autres acteurs clefs de la société et nous désignons ici très explicitement les partis politiques, les organisations de la société civile, les politico-armés et la communauté internationale sur le seul objectif encore réalisable : l’organisation d’élections acceptables pour tout le monde. Cela implique justement que tout le monde s’accorde sur la nécessité de créer les conditions d’organiser les élections dans la sécurité.

L’Etat est le premier concerné dans la recherche des solutions à l’épineuse question de la sécurité. Mais il n’a pas jusqu’à présent su se montrer suffisamment cohérent pour mobiliser la population et les autres acteurs autour d’une stratégie de lutte pour le désarmement et contre l’insécurité. Au contraire le laxisme et la lenteur du gouvernement sont devenus proverbiaux face à la persistance d’actes de banditisme opérés par des groupes connus, identifiés et localisés.

Ce dernier doit se donner la cohérence nécessaire pour définir avec la population une stratégie de désarmement des gangs criminels et des membres ou proches des clans armés qui détiennent illégalement des armes en créant une atmosphère d’anarchie nuisible au processus de paix et électorale.


La classe politique quand à elle, paraît aujourd’hui atomisée et incapable de définir ce qu’on pourrait considérer comme des tendances électorales mobilisatrices. Elle réclame à cor et à cri de la sécurité pour aller aux élections. Mais le rapport est dialectique entre les élections et la sécurité. Celle-ci ne saurait relever uniquement de la responsabilité du gouvernement. La population doit s’y impliquer activement. Elle ne le fera pas si elle n’est pas engagée dans une dynamique de mobilisation électorale autour de grandes tendances politiques garantissant des solutions réalistes à ses principaux problèmes.

Il devient donc urgent et impérieux que les responsables politiques engagent le dialogue et la concertation indispensable pour une reconfiguration de la scène politique autour de deux, trois, quatre ou même cinq grandes politiques plutôt que cette multitude de particules dont aucun n’a jusqu’à présent démontré la moindre capacité de faire face aux grand défis de la nation tels :

a) L’élaboration d’un code de conduite électorale qui vient renforcer et consolider les dispositions du document électoral produit par le gouvernement actuel.
b) La signature d’un pacte de gouvernabilité engageant les responsabilités du pouvoir et de la nouvelle opposition issus des élections dans la création d’un climat de stabilité politique indispensable au développement du pays.
Ensuite des objectifs post électoraux dont la poursuite relèverait plus précisément de la responsabilité du nouveau gouvernement issu des élections et qui viseraient à mobiliser la nation autour d’objectifs de bonne gouvernance dans cinq domaines clefs : politique, économique, social, culturel et spatial.

Les hommes politiques tchadiens ne doivent pas tout laisser à la société civile. Au Tchad, la société civile est un concept flou aux contours mal définis. Dans le contexte tchadien, il désigne l’ensemble des organisations et des associations de différente nature et de tendances politiques diverses qui s’impliquent dans la mobilisation sociale et politique en dehors des partis politiques et des sphères de l’Etat. Comme les partis politiques, la société civile tchadienne est soumise à la logique groupusculaire.

Aucune d’elle ne peut vraiment prétendre à une représentation exhaustive de la multitude d’associations, groupements et institutions relevant de leur secteur respectif. Aussi la société civile demeure- t- elle encore atomisée et manque-t-elle la cohésion nécessaire pour bien jouer son rôle dans la transition.

Toutefois, elle peut peser d’un poids important dans la mobilisation en faveur des élections et surtout pour convaincre les partis politiques à se regrouper en tendances significatives et mobilisatrices.

Les politiques doivent réussir l’unité face à l’actuelle bataille pour aborder les défis de la modernité, de la démocratie et du développement dans le contexte de la globalisation. En raison de problèmes liés au comportement des principaux acteurs, en particulier le gouvernement, la classe politique et la société civile organisée, le pays accumule des retards mortifères au regard des ces trois grands défis et aujourd’hui la démocratie est à une phase critique où chaque acteur doit jouer son rôle pour favoriser la réalisation d’élections véritablement fondatrices pour la consolidation institutionnelle de la démocratie dans notre société.

Par Félix Ngoussou
Tchadforum.com
 

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Ecrit par Dr Felix Ngoussou   
09-11-2008
Felix Ngoussou s'explique sur l'état mortifère du pays...

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Quand on fait un tour des médias tchadiens, et si de surcroit on fait une lecture attentive du champ politique réservé aux politico-armés tchadiens, on constate que les grands seigneurs de guerre convertis à la politique comme les hommes politiques naturels ont souvent failli à leur vocation de démocrates.

En effet, le champ politique tchadien se caractérise par un déficit de volonté ou de souci dans la prise en charge du destin collectif et populaire avec tous les effets liés dont le principal est la transcendance du destin collectif. Peu de tchadiens pensent qu’une nation demeure, seuls les hommes passent. Beaucoup d’hommes politiques ne comprennent toujours pas que le destin individuel n’est qu’un épiphénomène dans le destin collectif. Mais que peut-on dire de la volonté de l’homme politique tchadien si on ne se force pas à l’apparenter à une métaphysique de l’histoire.

Si le Tchad intrigue de par ses problèmes devenus endémiques, l’étendue des défis auxquels il a à faire face et leur complexité, c’est-à-dire le degré de difficulté de ses problèmes, c’est bien la faute des tchadiens eux-mêmes. Pourtant, disait-on il y a quelques années, le troisième millénaire sera africain. Pour l’heure, le troisième millénaire est là et, l’Afrique, mieux encore le Tchad est le plus grand absent du wagon. Certes, il n’est guère trop tard et on ose espérer un réveil mais en attendant, en tout cas, l’heure est à la réflexion, à la mobilisation des énergies, des forces vives du Tchad.

Sur le sujet du pouvoir au Tchad, les politico-armés rivalisent à l’envie d’ingéniosité clanique. D’aucuns pensent en effet que les problèmes du Tchad, c’est d’abord eux. On voit que chaque clan à son armée, non! Sa rébellion ! Mais ils ne sont toujours pas arrivés à présenter un début de solutions aux sources de nos conflits.

Le Tchad ne peut être mieux que si nous commençons ensemble une révolution de nos états d’esprit, du rapport que nous entretenons entre nous et de l’objectif du changement souhaité. Le travail à opérer, on le voit, est plus abstrait qu’infrastructurel, plus transcendant que technologique ou économique.


Il est vrai qu’au Tchad, l’État n’a pas vraiment émané des luttes sociales internes. Il s’est formé sans une véritable lutte contre le colonialisme et surtout pour l’indépendance nationale. Ce manque de lutte pour l’indépendance a donné une coloration différente aux trois grandes valeurs fondatrices de la société tchadienne : L’Unité-Travail-Progrès.

Le manque de lutte pour l’indépendance avait favorisé la division du Tchad en clans et, cela n’a pas résisté aux confrontations qu’ont entretenues les visions opposées de la nouvelle société à construire. Elle est demeurée une valeur recours, mobilisée non pas tant pour construire un bien-être collectif, mais pour la survie d’un clan et, moins encore pour faire face à un malheur commun.
Les analyses de la situation tchadienne , dont les plus intéressantes ont été conduites par une gauche qui n’a pas toujours su adapter ses inspirations aux réalités du pays, n’insistent jamais suffisamment ou n’ont pas toujours su tirer les conséquences du fait que les clans au Tchad n’entretiennent entre eux que des rapports d’exploitation, de type capitaliste comme des rapports de prédation et de spoliation dans le cadre d’un modèle d’accumulation qui favorise l’exclusion et l’atomisation sociale plutôt que l’intégration nationale.

Il faut partir des royaumes et des sultanats pour comprendre que l’unité est un vain mot. L’État lui-même est le pilier central de modèle d’accumulation. Il n’a jamais pu se transformer comme ailleurs en une structure centrale articulée à la défense des intérêts de tous les tchadiens mais des intérêts hégémoniques d’une classe ou d’un bloc au pouvoir. Il est resté un État partisan et spoliateur davantage préoccupé de médiatiser les luttes intestines entre des clans.

De toute évidence, la transition tchadienne a trop duré. La population est fatiguée, rompue, tandis que le pays accumule des retards mortifères au niveau de tous les grands défis. Mais réussir la transition voulait dire très concrètement s’attaquer à au moins cinq (5) problèmes majeurs :

1) Mettre de l’ordre dans le gâchis institutionnel créé par le régime actuel sans céder à la tentation de la chasse aux sorcières des pouvoirs traditionnels. Il fallait dresser un premier bilan dans les différentes administrations, ne fut-ce que pour évaluer les dégâts à réparer pour permettre un minimum de fonctionnement étatique.

2) Combattre l’impunité en procédant à des réformes minimales dans l’appareil judiciaire et dans l’administration publique en commençant par dresser un bilan des crimes de sang, de corruption et de malversation administrative.

3) S’attaquer très vite à l’épineux problème du désarmement.

4) Définir un cadre d’interventions d’urgence pour soulager la misère des masses et créer les conditions d’un minimum de redressement économique.

5) Négocier avec la communauté internationale un programme de coopération intérimaire précisant autant les champs de la coopération économique et sociale que la mission et les rôles.

La résolution de ces problèmes paraissait indispensable pour garantir la réalisation d’élections crédibles. Mais les partis politiques et les organisations de la société civile ont perdu la fragile cohésion réalisée au sein de la société civile en se dispersant dans des activités de survie. Le gouvernement s’est senti seul maître de la transition et a fait montre d’un laxisme et d’une lenteur pour le moins inquiétants vis-à-vis de tous les problèmes pourtant ciblés dans les recommandations de la conférence nationale.

Aujourd’hui, nous devons être réalistes. Le régime actuel a raté son mandat au regard des principaux problèmes de son programme. Il lui reste seulement la chance de prendre les dispositions nécessaires pour mobiliser les autres acteurs clefs de la société et nous désignons ici très explicitement les partis politiques, les organisations de la société civile, les politico-armés et la communauté internationale sur le seul objectif encore réalisable : l’organisation d’élections acceptables pour tout le monde. Cela implique justement que tout le monde s’accorde sur la nécessité de créer les conditions d’organiser les élections dans la sécurité.

L’Etat est le premier concerné dans la recherche des solutions à l’épineuse question de la sécurité. Mais il n’a pas jusqu’à présent su se montrer suffisamment cohérent pour mobiliser la population et les autres acteurs autour d’une stratégie de lutte pour le désarmement et contre l’insécurité. Au contraire le laxisme et la lenteur du gouvernement sont devenus proverbiaux face à la persistance d’actes de banditisme opérés par des groupes connus, identifiés et localisés.

Ce dernier doit se donner la cohérence nécessaire pour définir avec la population une stratégie de désarmement des gangs criminels et des membres ou proches des clans armés qui détiennent illégalement des armes en créant une atmosphère d’anarchie nuisible au processus de paix et électorale.


La classe politique quand à elle, paraît aujourd’hui atomisée et incapable de définir ce qu’on pourrait considérer comme des tendances électorales mobilisatrices. Elle réclame à cor et à cri de la sécurité pour aller aux élections. Mais le rapport est dialectique entre les élections et la sécurité. Celle-ci ne saurait relever uniquement de la responsabilité du gouvernement. La population doit s’y impliquer activement. Elle ne le fera pas si elle n’est pas engagée dans une dynamique de mobilisation électorale autour de grandes tendances politiques garantissant des solutions réalistes à ses principaux problèmes.

Il devient donc urgent et impérieux que les responsables politiques engagent le dialogue et la concertation indispensable pour une reconfiguration de la scène politique autour de deux, trois, quatre ou même cinq grandes politiques plutôt que cette multitude de particules dont aucun n’a jusqu’à présent démontré la moindre capacité de faire face aux grand défis de la nation tels :

a) L’élaboration d’un code de conduite électorale qui vient renforcer et consolider les dispositions du document électoral produit par le gouvernement actuel.
b) La signature d’un pacte de gouvernabilité engageant les responsabilités du pouvoir et de la nouvelle opposition issus des élections dans la création d’un climat de stabilité politique indispensable au développement du pays.
Ensuite des objectifs post électoraux dont la poursuite relèverait plus précisément de la responsabilité du nouveau gouvernement issu des élections et qui viseraient à mobiliser la nation autour d’objectifs de bonne gouvernance dans cinq domaines clefs : politique, économique, social, culturel et spatial.

Les hommes politiques tchadiens ne doivent pas tout laisser à la société civile. Au Tchad, la société civile est un concept flou aux contours mal définis. Dans le contexte tchadien, il désigne l’ensemble des organisations et des associations de différente nature et de tendances politiques diverses qui s’impliquent dans la mobilisation sociale et politique en dehors des partis politiques et des sphères de l’Etat. Comme les partis politiques, la société civile tchadienne est soumise à la logique groupusculaire.

Aucune d’elle ne peut vraiment prétendre à une représentation exhaustive de la multitude d’associations, groupements et institutions relevant de leur secteur respectif. Aussi la société civile demeure- t- elle encore atomisée et manque-t-elle la cohésion nécessaire pour bien jouer son rôle dans la transition.

Toutefois, elle peut peser d’un poids important dans la mobilisation en faveur des élections et surtout pour convaincre les partis politiques à se regrouper en tendances significatives et mobilisatrices.

Les politiques doivent réussir l’unité face à l’actuelle bataille pour aborder les défis de la modernité, de la démocratie et du développement dans le contexte de la globalisation. En raison de problèmes liés au comportement des principaux acteurs, en particulier le gouvernement, la classe politique et la société civile organisée, le pays accumule des retards mortifères au regard des ces trois grands défis et aujourd’hui la démocratie est à une phase critique où chaque acteur doit jouer son rôle pour favoriser la réalisation d’élections véritablement fondatrices pour la consolidation institutionnelle de la démocratie dans notre société.

Par Félix Ngoussou
Tchadforum.com

 

Quand les politiques rivalisent l'ingéniosité clanique!       
Ecrit par Dr Felix Ngoussou    
09-11-2008 
Felix Ngoussou s'explique sur l'état mortifère du pays...
Les politiques doivent réussir l’unité face à l’actuelle bataille pour aborder les défis de la modernité, de la démocratie et du développement dans le contexte de la globalisation. En raison de problèmes liés au comportement des principaux acteurs, en particulier le gouvernement, la classe politique et la société civile organisée, le pays accumule des retards mortifères au regard des ces trois grands défis et aujourd’hui la démocratie est à une phase critique où chaque acteur doit jouer son rôle pour favoriser la réalisation d’élections véritablement fondatrices pour la consolidation institutionnelle de la démocratie dans notre société.

Quand on fait un tour des médias tchadiens, et si de surcroit on fait une lecture attentive du champ politique réservé aux politico-armés tchadiens, on constate que les grands seigneurs de guerre convertis à la politique comme les hommes politiques naturels ont souvent failli à leur vocation de démocrates.

En effet, le champ politique tchadien se caractérise par un déficit de volonté ou de souci dans la prise en charge du destin collectif et populaire avec tous les effets liés dont le principal est la transcendance du destin collectif. Peu de tchadiens pensent qu’une nation demeure, seuls les hommes passent. Beaucoup d’hommes politiques ne comprennent toujours pas que le destin individuel n’est qu’un épiphénomène dans le destin collectif. Mais que peut-on dire de la volonté de l’homme politique tchadien si on ne se force pas à l’apparenter à une métaphysique de l’histoire.

Si le Tchad intrigue de par ses problèmes devenus endémiques, l’étendue des défis auxquels il a à faire face et leur complexité, c’est-à-dire le degré de difficulté de ses problèmes, c’est bien la faute des tchadiens eux-mêmes. Pourtant, disait-on il y a quelques années, le troisième millénaire sera africain. Pour l’heure, le troisième millénaire est là et, l’Afrique, mieux encore le Tchad est le plus grand absent du wagon. Certes, il n’est guère trop tard et on ose espérer un réveil mais en attendant, en tout cas, l’heure est à la réflexion, à la mobilisation des énergies, des forces vives du Tchad.

Sur le sujet du pouvoir au Tchad, les politico-armés rivalisent à l’envie d’ingéniosité clanique. D’aucuns pensent en effet que les problèmes du Tchad, c’est d’abord eux. On voit que chaque clan à son armée, non! Sa rébellion ! Mais ils ne sont toujours pas arrivés à présenter un début de solutions aux sources de nos conflits.

Le Tchad ne peut être mieux que si nous commençons ensemble une révolution de nos états d’esprit, du rapport que nous entretenons entre nous et de l’objectif du changement souhaité. Le travail à opérer, on le voit, est plus abstrait qu’infrastructurel, plus transcendant que technologique ou économique.


Il est vrai qu’au Tchad, l’État n’a pas vraiment émané des luttes sociales internes. Il s’est formé sans une véritable lutte contre le colonialisme et surtout pour l’indépendance nationale. Ce manque de lutte pour l’indépendance a donné une coloration différente aux trois grandes valeurs fondatrices de la société tchadienne : L’Unité-Travail-Progrès.

Le manque de lutte pour l’indépendance avait favorisé la division du Tchad en clans et, cela n’a pas résisté aux confrontations qu’ont entretenues les visions opposées de la nouvelle société à construire. Elle est demeurée une valeur recours, mobilisée non pas tant pour construire un bien-être collectif, mais pour la survie d’un clan et, moins encore pour faire face à un malheur commun.
Les analyses de la situation tchadienne , dont les plus intéressantes ont été conduites par une gauche qui n’a pas toujours su adapter ses inspirations aux réalités du pays, n’insistent jamais suffisamment ou n’ont pas toujours su tirer les conséquences du fait que les clans au Tchad n’entretiennent entre eux que des rapports d’exploitation, de type capitaliste comme des rapports de prédation et de spoliation dans le cadre d’un modèle d’accumulation qui favorise l’exclusion et l’atomisation sociale plutôt que l’intégration nationale.

Il faut partir des royaumes et des sultanats pour comprendre que l’unité est un vain mot. L’État lui-même est le pilier central de modèle d’accumulation. Il n’a jamais pu se transformer comme ailleurs en une structure centrale articulée à la défense des intérêts de tous les tchadiens mais des intérêts hégémoniques d’une classe ou d’un bloc au pouvoir. Il est resté un État partisan et spoliateur davantage préoccupé de médiatiser les luttes intestines entre des clans.

De toute évidence, la transition tchadienne a trop duré. La population est fatiguée, rompue, tandis que le pays accumule des retards mortifères au niveau de tous les grands défis. Mais réussir la transition voulait dire très concrètement s’attaquer à au moins cinq (5) problèmes majeurs :

1) Mettre de l’ordre dans le gâchis institutionnel créé par le régime actuel sans céder à la tentation de la chasse aux sorcières des pouvoirs traditionnels. Il fallait dresser un premier bilan dans les différentes administrations, ne fut-ce que pour évaluer les dégâts à réparer pour permettre un minimum de fonctionnement étatique.

2) Combattre l’impunité en procédant à des réformes minimales dans l’appareil judiciaire et dans l’administration publique en commençant par dresser un bilan des crimes de sang, de corruption et de malversation administrative.

3) S’attaquer très vite à l’épineux problème du désarmement.

4) Définir un cadre d’interventions d’urgence pour soulager la misère des masses et créer les conditions d’un minimum de redressement économique.

5) Négocier avec la communauté internationale un programme de coopération intérimaire précisant autant les champs de la coopération économique et sociale que la mission et les rôles.

La résolution de ces problèmes paraissait indispensable pour garantir la réalisation d’élections crédibles. Mais les partis politiques et les organisations de la société civile ont perdu la fragile cohésion réalisée au sein de la société civile en se dispersant dans des activités de survie. Le gouvernement s’est senti seul maître de la transition et a fait montre d’un laxisme et d’une lenteur pour le moins inquiétants vis-à-vis de tous les problèmes pourtant ciblés dans les recommandations de la conférence nationale.

Aujourd’hui, nous devons être réalistes. Le régime actuel a raté son mandat au regard des principaux problèmes de son programme. Il lui reste seulement la chance de prendre les dispositions nécessaires pour mobiliser les autres acteurs clefs de la société et nous désignons ici très explicitement les partis politiques, les organisations de la société civile, les politico-armés et la communauté internationale sur le seul objectif encore réalisable : l’organisation d’élections acceptables pour tout le monde. Cela implique justement que tout le monde s’accorde sur la nécessité de créer les conditions d’organiser les élections dans la sécurité.

L’Etat est le premier concerné dans la recherche des solutions à l’épineuse question de la sécurité. Mais il n’a pas jusqu’à présent su se montrer suffisamment cohérent pour mobiliser la population et les autres acteurs autour d’une stratégie de lutte pour le désarmement et contre l’insécurité. Au contraire le laxisme et la lenteur du gouvernement sont devenus proverbiaux face à la persistance d’actes de banditisme opérés par des groupes connus, identifiés et localisés.

Ce dernier doit se donner la cohérence nécessaire pour définir avec la population une stratégie de désarmement des gangs criminels et des membres ou proches des clans armés qui détiennent illégalement des armes en créant une atmosphère d’anarchie nuisible au processus de paix et électorale.


La classe politique quand à elle, paraît aujourd’hui atomisée et incapable de définir ce qu’on pourrait considérer comme des tendances électorales mobilisatrices. Elle réclame à cor et à cri de la sécurité pour aller aux élections. Mais le rapport est dialectique entre les élections et la sécurité. Celle-ci ne saurait relever uniquement de la responsabilité du gouvernement. La population doit s’y impliquer activement. Elle ne le fera pas si elle n’est pas engagée dans une dynamique de mobilisation électorale autour de grandes tendances politiques garantissant des solutions réalistes à ses principaux problèmes.

Il devient donc urgent et impérieux que les responsables politiques engagent le dialogue et la concertation indispensable pour une reconfiguration de la scène politique autour de deux, trois, quatre ou même cinq grandes politiques plutôt que cette multitude de particules dont aucun n’a jusqu’à présent démontré la moindre capacité de faire face aux grand défis de la nation tels :

a) L’élaboration d’un code de condui

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te électorale qui vient renforcer et consolider les dispositions du document électoral produit par le gouvernement actuel.
b) La signature d’un pacte de gouvernabilité engageant les responsabilités du pouvoir et de la nouvelle opposition issus des élections dans la création d’un climat de stabilité politique indispensable au développement du pays.
Ensuite des objectifs post électoraux dont la poursuite relèverait plus précisément de la responsabilité du nouveau gouvernement issu des élections et qui viseraient à mobiliser la nation autour d’objectifs de bonne gouvernance dans cinq domaines clefs : politique, économique, social, culturel et spatial.

Les hommes politiques tchadiens ne doivent pas tout laisser à la société civile. Au Tchad, la société civile est un concept flou aux contours mal définis. Dans le contexte tchadien, il désigne l’ensemble des organisations et des associations de différente nature et de tendances politiques diverses qui s’impliquent dans la mobilisation sociale et politique en dehors des partis politiques et des sphères de l’Etat. Comme les partis politiques, la société civile tchadienne est soumise à la logique groupusculaire.

Aucune d’elle ne peut vraiment prétendre à une représentation exhaustive de la multitude d’associations, groupements et institutions relevant de leur secteur respectif. Aussi la société civile demeure- t- elle encore atomisée et manque-t-elle la cohésion nécessaire pour bien jouer son rôle dans la transition.

Toutefois, elle peut peser d’un poids important dans la mobilisation en faveur des élections et surtout pour convaincre les partis politiques à se regrouper en tendances significatives et mobilisatrices.

Les politiques doivent réussir l’unité face à l’actuelle bataille pour aborder les défis de la modernité, de la démocratie et du développement dans le contexte de la globalisation. En raison de problèmes liés au comportement des principaux acteurs, en particulier le gouvernement, la classe politique et la société civile organisée, le pays accumule des retards mortifères au regard des ces trois grands défis et aujourd’hui la démocratie est à une phase critique où chaque acteur doit jouer son rôle pour favoriser la réalisation d’élections véritablement fondatrices pour la consolidation institutionnelle de la démocratie dans notre société.

Par Félix Ngoussou
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Quand les politiques rivalisent l'ingéniosité clanique!

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Ecrit par Dr Felix Ngoussou   
09-11-2008
Felix Ngoussou s'explique sur l'état mortifère du pays...

ImageLes politiques doivent réussir l’unité face à l’actuelle bataille pour aborder les défis de la modernité, de la démocratie et du développement dans le contexte de la globalisation. En raison de problèmes liés au comportement des principaux acteurs, en particulier le gouvernement, la classe politique et la société civile organisée, le pays accumule des retards mortifères au regard des ces trois grands défis et aujourd’hui la démocratie est à une phase critique où chaque acteur doit jouer son rôle pour favoriser la réalisation d’élections véritablement fondatrices pour la consolidation institutionnelle de la démocratie dans notre société.

Quand on fait un tour des médias tchadiens, et si de surcroit on fait une lecture attentive du champ politique réservé aux politico-armés tchadiens, on constate que les grands seigneurs de guerre convertis à la politique comme les hommes politiques naturels ont souvent failli à leur vocation de démocrates.

En effet, le champ politique tchadien se caractérise par un déficit de volonté ou de souci dans la prise en charge du destin collectif et populaire avec tous les effets liés dont le principal est la transcendance du destin collectif. Peu de tchadiens pensent qu’une nation demeure, seuls les hommes passent. Beaucoup d’hommes politiques ne comprennent toujours pas que le destin individuel n’est qu’un épiphénomène dans le destin collectif. Mais que peut-on dire de la volonté de l’homme politique tchadien si on ne se force pas à l’apparenter à une métaphysique de l’histoire.

Si le Tchad intrigue de par ses problèmes devenus endémiques, l’étendue des défis auxquels il a à faire face et leur complexité, c’est-à-dire le degré de difficulté de ses problèmes, c’est bien la faute des tchadiens eux-mêmes. Pourtant, disait-on il y a quelques années, le troisième millénaire sera africain. Pour l’heure, le troisième millénaire est là et, l’Afrique, mieux encore le Tchad est le plus grand absent du wagon. Certes, il n’est guère trop tard et on ose espérer un réveil mais en attendant, en tout cas, l’heure est à la réflexion, à la mobilisation des énergies, des forces vives du Tchad.

Sur le sujet du pouvoir au Tchad, les politico-armés rivalisent à l’envie d’ingéniosité clanique. D’aucuns pensent en effet que les problèmes du Tchad, c’est d’abord eux. On voit que chaque clan à son armée, non! Sa rébellion ! Mais ils ne sont toujours pas arrivés à présenter un début de solutions aux sources de nos conflits.

Le Tchad ne peut être mieux que si nous commençons ensemble une révolution de nos états d’esprit, du rapport que nous entretenons entre nous et de l’objectif du changement souhaité. Le travail à opérer, on le voit, est plus abstrait qu’infrastructurel, plus transcendant que technologique ou économique.


Il est vrai qu’au Tchad, l’État n’a pas vraiment émané des luttes sociales internes. Il s’est formé sans une véritable lutte contre le colonialisme et surtout pour l’indépendance nationale. Ce manque de lutte pour l’indépendance a donné une coloration différente aux trois grandes valeurs fondatrices de la société tchadienne : L’Unité-Travail-Progrès.

Le manque de lutte pour l’indépendance avait favorisé la division du Tchad en clans et, cela n’a pas résisté aux confrontations qu’ont entretenues les visions opposées de la nouvelle société à construire. Elle est demeurée une valeur recours, mobilisée non pas tant pour construire un bien-être collectif, mais pour la survie d’un clan et, moins encore pour faire face à un malheur commun.
Les analyses de la situation tchadienne , dont les plus intéressantes ont été conduites par une gauche qui n’a pas toujours su adapter ses inspirations aux réalités du pays, n’insistent jamais suffisamment ou n’ont pas toujours su tirer les conséquences du fait que les clans au Tchad n’entretiennent entre eux que des rapports d’exploitation, de type capitaliste comme des rapports de prédation et de spoliation dans le cadre d’un modèle d’accumulation qui favorise l’exclusion et l’atomisation sociale plutôt que l’intégration nationale.

Il faut partir des royaumes et des sultanats pour comprendre que l’unité est un vain mot. L’État lui-même est le pilier central de modèle d’accumulation. Il n’a jamais pu se transformer comme ailleurs en une structure centrale articulée à la défense des intérêts de tous les tchadiens mais des intérêts hégémoniques d’une classe ou d’un bloc au pouvoir. Il est resté un État partisan et spoliateur davantage préoccupé de médiatiser les luttes intestines entre des clans.

De toute évidence, la transition tchadienne a trop duré. La population est fatiguée, rompue, tandis que le pays accumule des retards mortifères au niveau de tous les grands défis. Mais réussir la transition voulait dire très concrètement s’attaquer à au moins cinq (5) problèmes majeurs :

1) Mettre de l’ordre dans le gâchis institutionnel créé par le régime actuel sans céder à la tentation de la chasse aux sorcières des pouvoirs traditionnels. Il fallait dresser un premier bilan dans les différentes administrations, ne fut-ce que pour évaluer les dégâts à réparer pour permettre un minimum de fonctionnement étatique.

2) Combattre l’impunité en procédant à des réformes minimales dans l’appareil judiciaire et dans l’administration publique en commençant par dresser un bilan des crimes de sang, de corruption et de malversation administrative.

3) S’attaquer très vite à l’épineux problème du désarmement.

4) Définir un cadre d’interventions d’urgence pour soulager la misère des masses et créer les conditions d’un minimum de redressement économique.

5) Négocier avec la communauté internationale un programme de coopération intérimaire précisant autant les champs de la coopération économique et sociale que la mission et les rôles.

La résolution de ces problèmes paraissait indispensable pour garantir la réalisation d’élections crédibles. Mais les partis politiques et les organisations de la société civile ont perdu la fragile cohésion réalisée au sein de la société civile en se dispersant dans des activités de survie. Le gouvernement s’est senti seul maître de la transition et a fait montre d’un laxisme et d’une lenteur pour le moins inquiétants vis-à-vis de tous les problèmes pourtant ciblés dans les recommandations de la conférence nationale.

Aujourd’hui, nous devons être réalistes. Le régime actuel a raté son mandat au regard des principaux problèmes de son programme. Il lui reste seulement la chance de prendre les dispositions nécessaires pour mobiliser les autres acteurs clefs de la société et nous désignons ici très explicitement les partis politiques, les organisations de la société civile, les politico-armés et la communauté internationale sur le seul objectif encore réalisable : l’organisation d’élections acceptables pour tout le monde. Cela implique justement que tout le monde s’accorde sur la nécessité de créer les conditions d’organiser les élections dans la sécurité.

L’Etat est le premier concerné dans la recherche des solutions à l’épineuse question de la sécurité. Mais il n’a pas jusqu’à présent su se montrer suffisamment cohérent pour mobiliser la population et les autres acteurs autour d’une stratégie de lutte pour le désarmement et contre l’insécurité. Au contraire le laxisme et la lenteur du gouvernement sont devenus proverbiaux face à la persistance d’actes de banditisme opérés par des groupes connus, identifiés et localisés.

Ce dernier doit se donner la cohérence nécessaire pour définir avec la population une stratégie de désarmement des gangs criminels et des membres ou proches des clans armés qui détiennent illégalement des armes en créant une atmosphère d’anarchie nuisible au processus de paix et électorale.


La classe politique quand à elle, paraît aujourd’hui atomisée et incapable de définir ce qu’on pourrait considérer comme des tendances électorales mobilisatrices. Elle réclame à cor et à cri de la sécurité pour aller aux élections. Mais le rapport est dialectique entre les élections et la sécurité. Celle-ci ne saurait relever uniquement de la responsabilité du gouvernement. La population doit s’y impliquer activement. Elle ne le fera pas si elle n’est pas engagée dans une dynamique de mobilisation électorale autour de grandes tendances politiques garantissant des solutions réalistes à ses principaux problèmes.

Il devient donc urgent et impérieux que les responsables politiques engagent le dialogue et la concertation indispensable pour une reconfiguration de la scène politique autour de deux, trois, quatre ou même cinq grandes politiques plutôt que cette multitude de particules dont aucun n’a jusqu’à présent démontré la moindre capacité de faire face aux grand défis de la nation tels :

a) L’élaboration d’un code de conduite électorale qui vient renforcer et consolider les dispositions du document électoral produit par le gouvernement actuel.
b) La signature d’un pacte de gouvernabilité engageant les responsabilités du pouvoir et de la nouvelle opposition issus des élections dans la création d’un climat de stabilité politique indispensable au développement du pays.
Ensuite des objectifs post électoraux dont la poursuite relèverait plus précisément de la responsabilité du nouveau gouvernement issu des élections et qui viseraient à mobiliser la nation autour d’objectifs de bonne gouvernance dans cinq domaines clefs : politique, économique, social, culturel et spatial.

Les hommes politiques tchadiens ne doivent pas tout laisser à la société civile. Au Tchad, la société civile est un concept flou aux contours mal définis. Dans le contexte tchadien, il désigne l’ensemble des organisations et des associations de différente nature et de tendances politiques diverses qui s’impliquent dans la mobilisation sociale et politique en dehors des partis politiques et des sphères de l’Etat. Comme les partis politiques, la société civile tchadienne est soumise à la logique groupusculaire.

Aucune d’elle ne peut vraiment prétendre à une représentation exhaustive de la multitude d’associations, groupements et institutions relevant de leur secteur respectif. Aussi la société civile demeure- t- elle encore atomisée et manque-t-elle la cohésion nécessaire pour bien jouer son rôle dans la transition.

Toutefois, elle peut peser d’un poids important dans la mobilisation en faveur des élections et surtout pour convaincre les partis politiques à se regrouper en tendances significatives et mobilisatrices.

Les politiques doivent réussir l’unité face à l’actuelle bataille pour aborder les défis de la modernité, de la démocratie et du développement dans le contexte de la globalisation. En raison de problèmes liés au comportement des principaux acteurs, en particulier le gouvernement, la classe politique et la société civile organisée, le pays accumule des retards mortifères au regard des ces trois grands défis et aujourd’hui la démocratie est à une phase critique où chaque acteur doit jouer son rôle pour favoriser la réalisation d’élections véritablement fondatrices pour la consolidation institutionnelle de la démocratie dans notre société.

Par Félix Ngoussou
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