Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Leçons norvégiennes

Le pays des Vikings a réalisé ce que presque aucune autre nation riche en matières premières n'a réussi : penser son avenir en dehors de celles-ci.
Leçons norvégiennes Tempête au royaume des fjords. Le gouvernement norvégien vient de le révéler : son fonds souverain, le deuxième au monde après celui d'Abu Dhabi, a connu une année 2008 désastreuse. Son taux de retour a plongé à -23%, soit 90 milliards de dollars de pertes. En cause, bien sûr, la déprime boursière : avec 330 milliards de dollars, le fonds pèse à lui seul 0,75 % de la capitalisation mondiale. L'opposition s'est enflammée, le Premier ministre, Jens Stoltenberg, a dû se justifier devant le Parlement, les dirigeants du fonds ont réduit leurs émoluments.
Bref, comme la plupart des nations, la Norvège est bousculée par la crise. Son PIB (480 milliards de dollars en 2008) devrait reculer de 1 % cette année. Le taux de chômage, l'un des plus bas d'Europe, est passé de 2,7% en octobre 2008 à 3,1 % en janvier. Surtout, il atteindrait 4,75 % en 2010. Les immigrés (9,7 %de la population), hier accueillis à bras ouverts -d'Oslo jusqu'à l'Arctique-, ne sont plus en odeur de sainteté. Très bruyant sur la question, le populiste Parti du progrès s'envole dans les sondages (28% des voix) à l'approche des législatives de septembre. Mais alors, ce « petit » pays (4,6 millions d'habitants sur 323 000 km2) va-t-il si mal ? Question de point de vue.
La Norvège truste toujours les premiers rangs des classements mondiaux: transparence, indice de développement humain, facilité à y faire des affaires, stabilité (ajoutons, pour les touristes, le coût de la vie !). Sa dette extérieure est nulle. En 2009, elle sera l'une des seules économies au monde à afficher un excédent budgétaire (environ 10 %). Facile, avec 8,5 milliards de barils de réserves d'or noir et les treizièmes réserves mondiales de gaz ? Pas sûr.
Le pays des Vikings a réalisé ce que presque aucune autre nation riche en matières premières n'a réussi : penser son avenir en dehors de celles-ci. Depuis 1990, il a détaché sa gestion courante de ses revenus pétroliers, en affectant une large part de ceux-ci à son fonds souverain. Aussi ses prévisions de croissance se font-elles avec un PIB « continental », qui n'inclut ni le commerce maritime, ni les hydrocarbures.
Une manière de s'immuniser contre le « dutch disease ». Ce « mal hollandais » fait référence aux piètres résultats économiques des Pays-Bas dans les années soixante malgré ses découvertes de gaz. Son principe ? plus un pays est doté en ressources naturelles, moins son développement réel en profite. De l'Afrique à l'Amérique du Sud, les exemples sont légion. On se souvient du Tchad qui, en 1999, avait accepté contre des prêts de la Banque mondiale qu'une part des recettes pétrolières soit de jure réservée à lutter contre la pauvreté. Cet accord a volé en éclat l'an dernier, l'Etat utilisant ces revenus pour acheter notamment... des armes.

Voilà quelques jours, en Russie, le vice-Premier ministre Igor Shuvalov, un libéral, avouait qu'il verrait avec plaisir les matières premières rester bon marché: « Le plus longtemps leur prix sera bas, le plus vite la Russie aura un nouveau modèle. » La réponse cinglante d'Igor Sechin, le puissant vice-Premier ministre chargé de l'Energie, proche de Poutine, n'a pas tardé: « Les matières premières sont un don du ciel, la Russie n'a pas le mal hollandais. » A Moscou, le débat reste ouvert. A Oslo, il a été tranché. Pour de bon? Pas sûr. Le bouillant Parti du progrès milite pour que l'Etat pioche plus dans les revenus pétroliers. La bonne gouvernance est un combat.
@ Rédaction L'Usine Nouvelle
usinenouvelle.com
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article