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Le cas du Pont sur le Wouri

Le financement des infrastructures par le secteur privé par la technique du “ Bot ” entendez (Build operate and transfer) a théoriquement permis à de nombreux Etats de contourner l’étau des subventions budgétaires systématiques qui rimaient à ruiner leurs ressources alors que l’ambition de départ était de créer de la richesse pour de nouveaux investissements directs nationaux, et d’accélérer le développement des infrastructures de support à l’activité productive.
Les Etats ont dû supporter seul le poids financier des investissements, faute généralement pour eux, de n’avoir pas su mettre à contribution toute l’ingénierie financière disponible. Les économies africaines n’ont pas su tirer le bon parti de ces ressources dormantes de financement intérieur, et des fonds de pensions qui circulent dans le monde entier à la recherche des projets rémunérateurs.
Dans certains pays, les mises en concession ont permis à l’Etat de maximiser les retombées financières et fiscales, en même temps que les infrastructures concédées ont pu se moderniser avec des gains de productivité incontestables que l’on doit aussi à une réadaptation du système bancaire et du marché financier dans les pays où il a existé. De nombreux pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique ont eu recours à la technique du “ Bot ” pour mobiliser les capitaux privés pour le développement ou l’extension des projets d’approvisionnement en eau et en énergie. Les exemples sont légion :

La Ciprel en Côte d’Ivoire
La Côte d’Ivoire a valorisé son gaz par la production de l’électricité. Impulsé par le gouvernement ivoirien, ce programme a conduit entre autres à la réalisation d’un projet de génération d’électricité à partir du gaz. Ainsi, 40% d’énergie électrique de la Côte d’Ivoire sont produits par la Compagnie ivoirienne de production d’électricité (Ciprel) ; société privée dont le capital est détenu à 90% par Alener société privée dont les actionnaires sont Saur International du groupe Bouygues, Edf (4%) la Cfd (4%) et la Banque ouest-africaine de développement (2%). Elle a développé, avec l’autorisation et sous le contrôle de l’Etat, le projet de conception, de construction et d’exploitation de la nouvelle centrale électrique de Vridi II dans le cadre d’un contrat de Boot (Build own operate and transfer). Grâce à cet investissement de 57 milliards de francs Cfa de l’époque (il y a 10 ans), la Ciprel est devenue le premier producteur indépendant d’électricité d’Afrique.

Un port au Panama
En décembre 1993, l’Assemblée nationale du Panama a accordé une concession de vingt ans à un opérateur privé dans le cadre d’un Bot, pour la construction d’un port. Cet investissement de 111 millions de dollars US a bénéficié des financements de la Société financière internationale (Sfi) à concurrence de 25 millions de dollars Us comme prêt direct et de 35 millions de dollars Us comme prêt indirect à travers des institutions non financières à savoir Ge capital et Transamerica Leasing. Rassuré par la présence de la Sfi dans ce projet, un syndicat de banques panaméennes a accordé un prêt de 10 millions de dollars Us à ce projet, ce qui fut une grande première dans ce pays ; les résultats positifs obtenus depuis sa mise en activité en juillet 1994 incitent les sponsors à entrevoir une expansion des capacités portuaires à partir des fonds générés par le port lui-même.

Adduction d’eau aux Philippines
Dans le cadre d’une politique visant à améliorer le réseau d’approvisionnement en eau potable et le système de drainage des eaux usées, le gouvernement philippin a fait appel au concept de Bot afin de réaliser différents projets de production et de distribution d’eau.

Projet d’oléoduc Tchad-Cameroun
Le projet de construction d’un oléoduc entre le Tchad et le Cameroun qui permet aujourd’hui l’évacuation du pétrole tchadien vers le terminal pétrolier de Kribi est un quasi Bot. Il convient de rappeler que dans le cadre de ce projet, l’Etat du Cameroun a accordé à Cotco, la concession d’une emprise foncière pour la construction de l’oléoduc d’une longueur de 800 km dans le territoire camerounais sur une période de 25 ans ; souvenez-vous le coût de la construction de l’oléoduc sur le tronçon camerounais soit (880 km sur un trajet de 1030km) s’élevait à 1080 milliards de Fcfa de l’époque. Répartis entre les actionnaires privés (Exxon, Shell, Elf) avec 27% les prêteurs pour 68% et les acteurs gouvernementaux pour respectivement 4% et 1% pour le Cameroun et le Tchad. Donc le financement privé 95% et 5% financement public.
Le présent article est une contribution qui se donne pour ambition de sensibiliser les administrations chargées d’apporter un avis sur le financement du second pont sur le Wouri sur la nécessité et l’opportunité de financer cette infrastructure à travers un Bot, surtout en ce moment où la demande sociale est au plus fort.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il serait opportun de donner une signification au vocable “ Bot ” (Build operate and transfer) afin que nous ayons une description commune du terme.
Le “ Bot ” est une technique qui permet à un pays d’octroyer une concession à une entreprise privée pour le financement, la construction, l’exploitation et l’entretien d’une infrastructure ou d’un service public ou d’une ressource naturelle pendant une période déterminée. A l’issue de la concession, la propriété de l’affaire ou de l’ouvrage (infrastructure portuaire, ou aéroportuaire, centrale de production d’énergie, axe routier, pont, réseau de production et de distribution d’eau, de télécommunications etc…) est transférée à l’Etat ou à une entreprise publique selon des modalités contractuelles.

Moins de financement public
Depuis près de 20 ans aujourd’hui la nécessité de mise en œuvre d’un second pont sur le Wouri s’était faite ressentir, conscients que cette voie dessert au moins quatre provinces. Les études de l’époque étaient estimées entre 25 et 35 milliards de francs Cfa. Le fait de différer à plus tard ce projet a contribué à en augmenter le coût de la construction. On parle aujourd’hui de 85 milliards de francs Cfa. Cette nouvelle tombe au moment même où mener ses activités entre Douala et Bonabéri ou tout au plus toute la partie ouest et sud-ouest du Cameroun vous fait perdre 40 à 50% de votre temps de travail pour la traversée d’un parcours qui il y a 25 ans vous prenait moins de 5 minutes. Est-ce une coïncidence où veut-on nous montrer pour une énième fois que le gouvernement prend le problème à cœur ? “ Wait and see ”.
Dans tous les cas, étant habitués à la politique du sapeur pompier, nous ne seront pas surpris si une suite favorable n’était pas donnée sur ce projet. Pourvu que cette fois soit la bonne ; c’est d’ailleurs pour œuvrer dans ce sens que j’apporte cette modeste contribution.

Cas d’école : Wouri bridge express way S.A.
Comment sortir les populations, les transporteurs et passagers du Sud-Ouest, Ouest et Nord-ouest de leur cauchemar quand ils se rendent ou quand ils arrivent sur Douala pour leurs affaires ? Comment sortir les populations de Bonabéri environ (1 million d’âmes) située dans la banlieue immédiate de Douala de leur cauchemar quotidien quand ils se rendent au boulot ou à l’école… Aux heures de pointe, le taux d’adrénaline monte : ils doivent tous emprunter une voie rendue étroite et dans un état piteux ; conséquences, ils arrivent bon an mal an au boulot ou au lieu de leurs activités énervés, essoufflés et, très souvent en retard, et le pire ayant saigné leur poches ; la traversée à ce jour tarif moto taxi est de 500 Fcfa par passager avec bâche en plus : c’est-à-dire deux personnes en plus du conducteur de l’engin. A prendre ou à laisser, le bonus pour les malchanceux c’est de se retrouver aux urgences des hôpitaux environnants la jambe cassée. Ceci pour la petite traversée matinale. Le soir au retour ? c’est l’enfer. Ainsi pour ne pas user son temps aux embouteillages qui en cette période de la journée atteignent leur paroxysme ; vous devez trouver un coin agréable pour tuer le temps en saignant vos poches en buvant un peu de bière et quelques soyas bien pimentés. Ça c’est la recette. Conséquence vous arrivez chez vous épuisé, au meilleur des cas vous trouverez vos enfants éveillés pour un bonsoir familial. Les leçons ? Vous ne pouvez rien contrôler, l’option du répétiteur commence à vous trotter sur la tête. C’est encore vos poches qui doivent être sollicités.
Et pourtant, les solutions existent pour sortir ces populations de cette situation sans que l’Etat ait à se saigner les poches.
Imaginons comme solution le financement, la construction et l’exploitation d’une seconde voie rapide à péage qui permette de joindre les deux côtés en moins de 10 minutes par une société imaginaire dénommée “ Wouri Bridge S A ”. Ayant pour actionnaires, une entreprise de construction de dimension internationale, des compagnies pétrolières, des investisseurs institutionnels tels que les compagnies d’assurances, les sociétés financières, la communauté urbaine de Douala, la Sfi, Proparco et d’autres privés. Le financement d’un tel projet pourrait provenir des diverses sources : les fonds propres apportés par les actionnaires, et les emprunts par des banques commerciales, les sociétés financières, les institutions de financement de développement (Cfd, Cdc, Bad…) ou des capitaux à risques. Wouri Bridge S A se développerait aux fins d’une concession d’exploitation d’une emprise foncière accordée par l’Etat pendant une durée déterminée à l’issue de laquelle la voie deviendrait propriété publique et gratuite.

Résultats attendus de ce modèle intelligent de concession
A l’issue de cette opération s’il arrivait qu’elle soit réalisée sur ce modèle tout le monde s’en trouverait gagnant. D’abord pour de nombreux usagers, l’utilisation de cette voie se traduirait par des économies de temps de 2 à 3 heures par jour, et d’énervement par une meilleure productivité au boulot. Avec pour corollaire des parents, et les enfants qui rentreraient plus tôt à la maison qu’en ce moment. Les entreprises de distribution et de services deviendraient plus efficaces avec augmentation du chiffre d’affaires, moins de loupées de ventes ; l’Etat tout en rendant heureux les populations aura économisé des moyens susceptibles d’être consacrés à d’autres actions du type social, et au passage gagnerait par l’impôt sur les sociétés appliqué à ces structures ; enfin, les investisseurs privés auront rentabilisé leur investissement, et tout le monde se retrouve gagnant.
Au terme de cette réflexion il en ressort que le plus compliqué n’est pas la mise en œuvre de ce chantier, mais c’est le chemin à parcourir pour prendre l’option du Bot. Une fois cette option prise, de l’idée à sa matérialisation, il faudra des études, appel d’offres Bot, négociations, design et ingénierie, recherche de financements construction exploitation, et le Cameroun a toute l’expertise managériale des Bot. Celle-là même qui a été mise à épreuve dans la construction du pipeline Tchad Cameroun. Fallait-il y penser plus tôt ? c’est déjà fait.



*Expert des marchés financiers,
Auteur de : La Bourse comprendre pour mieux investir
*

 

Par Par Jean-Beaudry Manguele
Le 16-01-2009

http://www.lemessager.net/details_articles.php?code=179&code_art=26177

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