Stephen Harper est demeuré au pouvoir. Même si son parti était minoritaire aux Communes depuis 2006, il a toujours gouverné comme s’il était majoritaire, en se moquant même des partis d’opposition.
Le chef du Parti conservateur n’a jamais vraiment fait de compromis pour composer avec ceux-ci. Il a plutôt toujours pris le pouls de la population et dosé ses gestes en fonction des consensus établis. Le pendule ne s’est pas beaucoup éloigné du centre, quoi que répètent ses adversaires.
Le résultat de l’élection d’hier ne changera donc pas grand-chose dans la vie quotidienne des Canadiens. La population a confiance en Stephen Harper pour administrer les affaires publiques, mais cette confiance demeure prudente. C’est ainsi qu’elle a donné le mandat au socialiste Jack Layton, chef du parti le plus à gauche, le NPD, de l’alerter si le gouvernement ne demeurait pas aussi modéré.
Les Canadiens jouent en quelque sorte avec les manettes de l’eau chaude et de l’eau froide pour ajuster la température de leur gouvernement. Stephen Harper l’a bien compris et il a toujours agi en conséquence. Il n’y a pas de raison de craindre que cela change.
L’INDIFFÉRENCE TOTALE
Du côté du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff a totalement laissé indifférent depuis qu’il est à la tête de ce parti. La marque de commerce est brûlée, comme l’est celle d’un produit d’alimentation après une intoxication de consommateurs, empoisonnés par un lot de mauvaise qualité. Le PLC ne traverse pas un simple purgatoire depuis 2004, les Canadiens, et encore plus les Québécois, l’ont jeté en enfer. Le remplacement à nouveau du chef ne suffira pas. Il faudra un coup de théâtre, comme une fusion avec le NPD, avant de reconquérir le respect des électeurs et de penser retourner à l’exercice du pouvoir.
COUPER LES CHAÎNES
Des dizaines de milliers de Québécois ont coupé leurs chaînes hier. Le Bloc québécois a exercé un chantage émotif pendant 20 ans. Un bon Québécois, attaché aux valeurs, aux intérêts et à l’identité de sa nation, ne pouvait voter pour quiconque d’autre, nous martelait Gilles Duceppe.
La pertinence de la présence massive de souverainistes à Ottawa ne s’impose plus d’emblée. Des fédéralistes peuvent aussi bien faire le travail et ils ne sont pas pour autant inféodés ni des traîtres, lui ont lancé hier les affranchis. Il appartient maintenant à la députation néophyte du NPD de le prouver.
Au chômage
Deux chefs sont congédiés, Michael Ignatieff, parce qu’il n’a pas réussi à se faire voir comme premier ministre, et Gilles Duceppe, parce que les Québécois étaient tannés de le voir.