La question des eaux souterraines transfrontalières et la mise en œuvre de la résolution des Nations unies de décembre 2008 ont été débattues fin août à Stockholm, lors de la Semaine mondiale de l’eau. Explications avec Daniel Zimmer, directeur associé au Conseil mondial de l’eau et Alice Aureli, spécialiste du Programme hydrologique international (PHI) de l’Unesco.
Analyser
par Sabine Casalonga
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dans le JDLE Une carte mondiale des réserves transfrontalières
pour aller plus loinSéminaire de StockholmCommuniqué de l’Unesco (vers la résolution de 2008)
Que représentent les eaux souterraines à l’échelle de la planète?
Alice Aureli
Les aquifères souterrains, dont une majorité est transfrontalière, contiennent 96% de l’eau douce de la planète. A l’heure actuelle, 65% sert à l’irrigation, 25% à l’eau potable et 10% à l’industrie. C’est l’Unesco qui a publié la première carte de ces réserves en 2008 (1). 273 aquifères partagés par plusieurs pays ont été recensés: 68 sur le continent américain, 38 en Afrique, 65 en Europe orientale, 90 en Europe occidentale et 12 en Asie, où le recensement se poursuit. L’Afrique centrale possède aussi des réserves importantes mais elles sont mal connues et rarement exploitées. Et certains aquifères «profonds» n’ont pu être recensés faute de moyens financiers et techniques. Les plus importants en taille se trouvent en Amérique du Sud et Afrique du Nord. L’Afrique centrale possède aussi des réserves importantes mais elles sont mal connues et rarement exploitées.
Pourquoi sont-elles sources de tensions grandissantes?
Daniel Zimmer
Le développement des technologies de pompage décentralisé, dans les années 80 s’est accompagné d’une explosion des pompes électriques chez de nombreux petits agriculteurs, dans de nombreux pays en développement souvent avec la bénédiction de l’Etat, comme en Inde et au Mexique, mais sans véritable politique de gestion associée. Depuis 20 ans, la croissance démographique a entraîné une hausse des prélèvements. Or, le taux de renouvellement des réserves aquifères, variable selon les zones, est souvent mal connu. Certains aquifères situés à plus de 1.000 mètres de profondeur sont très peu réalimentés. D’où un risque de surexploitation, et de pénurie en cas de sécheresse. La pollution représente un autre problème. Elle est surtout engendrée par le rejet des eaux usées à la périphérie des villes, par les engrais agricoles, la salinisation due à des irrigations mal contrôlées (le taux de salinité naturel de l’eau est souvent au moins de 1 gramme par litre), la nature des sols ou le pompage en zone côtière.
Quels problèmes spécifiques posent les aquifères transfrontaliers?
Daniel Zimmer
On connaît depuis longtemps les enjeux géostratégiques liés aux eaux de surface transfrontalières. Mais les eaux souterraines, par définition, ne sont pas visibles. Toute pollution ou tentative de surexploitation par un pays voisin n’est donc pas immédiatement détectable.
Néanmoins, contrairement à ce qui se passe pour les eaux de surface, il n’y a pas pour les aquifères d’asymétrie entre les pays de l’amont –cherchant à contrôler la ressource- et ceux de l’aval. Cela devrait favoriser la coopération entre pays. En 30 ans, des évolutions ont d’ailleurs eu lieu. Un des premiers systèmes de gestion concertée a été mis en place dans les années 90 pour l’aquifère des grès nubiens en Afrique du Nord- l’un des plus grands au monde- entre l’Egypte, la Lybie, le Soudan et le Tchad.
Quel est l’objectif de la résolution sur les eaux souterraines transfrontalières, adoptée lors de l’Assemblée générale de l’Onu le 11 décembre 2008?
Alice Aureli
En Europe, la gestion des eaux souterraines est encadrée par la directive-cadre sur l’eau. Dans d’autres régions le cadre juridique fait souvent défaut. Or, comme les systèmes transfrontaliers s'étendent sous plusieurs États, leur exploitation suppose des mécanismes de gestion concertée. La résolution des Nations unies de décembre 2008 est en grand pas vers la gestion durable des ces aquifères car elle propose aux pays concernés des critères de bonne conduite visant à limiter la surexploitation par un pays riverain et la pollution.
Elle permet en outre de combler une lacune de la Convention des Nations unies de 1997 sur les cours d’eau transfrontaliers. Ce texte, rédigé par des experts en droit international, avait négligé, à son insu, 80% des eaux souterraines en ne considérant que celles qui étaient reliées à un fleuve international. En 2002, le rapporteur spécial de la Commission de droit international des Nations unies et ambassadeur du Japon, Chusei Yamada, a changé la donne en faisant appel aux hydrologues de l’Unesco pour co-rédiger les 19 articles inclus dans la résolution de 2008.
Quelles sont les prochaines étapes?
Alice Aureli
Le texte actuel, non contraignant, n’a qu’une portée «éthique». C’est pourquoi nous souhaitons le transformer en Convention internationale, à l’occasion de l’AG de l’Onu à Bangkok en 2011. Entre-temps la conférence organisée par l’Unesco à Paris en décembre 2010 constituera une étape importante. Le sujet reste toutefois sensible, les eaux souterraines étant un trésor «caché» parfois difficile à dévoiler. Les dirigeants devront toutefois comprendre que travailler avec son voisin permet de mieux profiter de leurs ressources.
La réunion de Stockholm a-t-elle permis des avancées?
Alice Aureli
Oui, le colloque a permis d’envoyer un signal positif pour 2011. Plusieurs institutions internationales (2) ont accepté de travailler ensemble et de faire connaître la résolution onusienne aux décideurs. Par ailleurs, plusieurs témoignages intéressants ont été présentés, comme celui de la structure de gestion partagée entre les Etats-Unis et le Mexique.
(1) Dans le JDLE «Une carte mondiale des réserves transfrontalières»
(2) Conseil mondial de l’eau, Partenariat mondial sur l’eau, Fonds mondial sur l’eau, l’Organisation des Etats américains, le Conseil des ministres africains sur l’eau, etc.
journaldelenvironnement.net