C’est dans une ambiance festive que les dirigeants de l'Union africaine se sont réunis lundi à Tripoli pour une session spéciale. Cette rencontre au sommet est
intervenue à la veille des célébrations du 40è anniversaire de la révolution libyenne. Le président de la République, Amadou Toumani Touré, arrivé dimanche dans la capitale libyenne, y a participé en compagnie d’une trentaine d’autres chefs d’Etat du continent.
Cette session spéciale de l'Union africaine était consacrée aux conflits sur le continent. Elle a été convoquée par le Frère Guide de la Révolution libyenne Mouammar El Khadafi en marge des festivités du quarantième anniversaire de ladite révolution.
Lors du dernier sommet de l’Union, les dirigeants africains n’avaient pas discuté des conflits qui sévissent sur le continent. Pourtant plus d’un million d’Africains ont été obligés de fuir de chez eux en 2009 du fait de la recrudescence des conflits dans plusieurs pays. Depuis le début de l’année, les violences dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), en Somalie et au Sud Soudan se sont intensifiées, détruisant de nombreuses vies.
Les efforts du reste de la communauté internationale se sont avérés inefficaces face à ces drames humains. Les récentes statistiques d'organisations non gouvernementales font état de déjà 1,4 million de sans-abris cette année, soit cinq personnes forcées de fuir leur domicile chaque minute en 2009.
La Commission de l'UA estime inacceptable qu’en Afrique, des femmes soient encore victimes de viols, que des personnes soient tués impunément et que les vies de plusieurs générations d’enfants soient compromises. Pour elle, il est donc urgent d'envisager des solutions diplomatiques et politiques durables à ces conflits. Plutôt que d’enclencher des actions militaires qui ne font qu’alourdir le bilan des ports et la misère parmi les civils.
La décision d'organiser la présente conférence au sommet avait été émise lors de la 13è session ordinaire de l'UA tenue à Syrte du 1er au 3 juillet 2009.
Les deux invités d'honneur de la rencontre, les présidents Hugo Chavez du Venezuela et Lionel Lopez de la République dominicaine, ont tous deux insisté sur la nécessité pour les Africains à s'unir avec l’Amérique du Sud pour vaincre la pauvreté et faire barrage au néolibéralisme qui, de leur point de vue, est la source de toutes les misères de l'Afrique.
L’hôte du sommet, le Guide la Révolution avait auparavant dénoncé le sionisme qui sous le prétexte de protection des minorités sème la division entre les peuples africains pour mieux exploiter les immenses richesses du continent. Israël est "derrière tous les conflits en Afrique", a assuré à l’ouverture le Frère Guide, qui a appelé à la fermeture de toutes les ambassades israéliennes sur le continent.
Le leader libyen a insisté sur l'union des pays africains, avant d'appeler les belligérants dans les conflits à se parler. Il a salué les progrès enregistrés en Mauritanie et en Guinée Bissau pour restaurer un ordre constitutionnel normal. Il s'est insurgé contre les changements de régime par la force et a renouvelé sa disponibilité à œuvrer pour l'unité africaine.
DES TROUPES SUPPLEMENTAIRES EN SOMALIE : Au terme des travaux, la session spéciale a élaboré un plan d'action destiné à mettre en œuvre les décisions antérieures de l'UA pour résoudre les conflits. Ce plan d'action qui comporte 17 points, met l'accent sur un certain nombre de conflits en Afrique et dégage des solutions de sortie de crise.
C'est ainsi que sur la Somalie, l'UA s'engage à déployer d'ici à la fin de cette année, les trois bataillons restants pour permettre à la Mission de l'UA en Somalie (AMISON) d'atteindre son effectif autorisé. A cet effet, l'organisation panafricaine a appelé les pays membres qui avaient promis des troupes à les mettre à disposition rapidement. Les autres Etats sont invités à apporter leur soutien à l'AMISON et au gouvernement fédéral de transition (TFG) dans ce pays.
Dans les mesures préconisées par l'UA en Somalie, on peut relever également la révision du mandat de l'AMISON par le Conseil de paix et sécurité, l'intensification par le TFG de ses efforts pour promouvoir la réconciliation et un processus politique ouvert à tous. L'UA demande aussi aux pays de décaisser rapidement les fonds promis lors de la conférence de Bruxelles, en Belgique, sur la Somalie, et une collaboration entre les différentes parties prenantes pour la mise en œuvre rapide des sanctions contre les fauteurs de troubles, ainsi que l'imposition de sanctions ciblées et obligatoires à l'encontre des dirigeants et des autres membres des groupes armés somaliens.
En ce qui concerne le Darfour, à l'ouest du Soudan, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA ont décidé de s’employer à réaliser des progrès rapides dans la quête de la paix, de la sécurité et de la réconciliation. L'objectif étant de faire avancer de manière significative, le processus d'ici à la fin de l'année. Ils demandent l'engagement des parties soudanaises à observer un cessez-le-feu immédiat et à apporter leur pleine coopération à la mise en œuvre du rapport du Groupe de haut niveau de l'UA sur le Darfour (GUAD) dont les recommandations devraient fournir une feuille de route précise sur les meilleurs voies et moyens de parvenir à la paix et à la réconciliation.
De même, il est demandé au gouvernement soudanais de continuer à prendre des mesures concrètes pour enquêter sur les violations des droits de l'homme au Darfour et de traduire leurs auteurs en justice. Sur l'accord de paix global (CPA), les chefs d'Etat de l'UA demandent aux parties de régler les questions pendantes dans sa mise en œuvre, notamment la démarcation des frontières entre le nord et le sud du Soudan, la promulgation des lois restantes sur les élections, le redéploiement intégral des forces, le désarmement des milices, etc.
Au sujet des relations entre le Tchad et le Soudan, l'UA demande aux deux pays de s'engager à respecter intégralement les différents accords qu'ils ont signés en vue de normaliser leurs relations, en s'abstenant d'apporter un quelconque appui à des groupes d'opposition armés hostiles à l'autre pays.
Le président en exercice de l'Union africaine, Mouammar Kadhafi, est invité à poursuivre ses efforts pour la résolution des conflits sur le continent.
A propos de la Corne de l'Afrique, les chefs d'Etat demandent à la Commission de l'UA de poursuivre ses efforts afin de promouvoir la paix, la sécurité, la coopération et le développement dans la région. Pour la Région des Grands Lacs, l'UA requiert une mobilisation plus importante des Etats membres dans l’exécution du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement et les encourage à accroître leur appui.
En ce qui concerne la Guinée-Bissau, la décision a été prise d'assurer rapidement le déploiement, avec l'appui des Nations unies, d'une mission conjointe de l'UA et de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) afin de consolider la paix et la stabilité, d'apporter l'appui requis au nouveau gouvernement pour réformer le secteur de la sécurité et dans le domaine de la reconstruction et du développement post-conflit.
SUCCES DIPLOMATIQUES. Sur la Guinée, l'UA demande aux autorités militaires au pouvoir qu'elles respectent leurs engagements et mettent tout en œuvre pour que les élections se tiennent en janvier 2010 pour la présidentielle et mars 2010 pour les législatives.
Evoquant la situation au Niger, l'UA demande à la Commission et au CPS de travailler étroitement avec la CEDEAO pour "restaurer le dialogue entre tous les acteurs politiques, en vue de rétablir le consensus sur la gouvernance constitutionnelle démocratique du pays".
Le plan d'action concerne aussi Madagascar, pour demander aux parties malgaches de redoubler d'efforts pour trouver une solution de sortie de crise, et la Côte d'Ivoire, où les parties ivoiriennes sont invitées à créer une atmosphère favorable à la tenue des élections de fin 2009.
Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA ont abordé d'autres situations comme celles du Liberia, de République Centrafricaine, des Comores et ont élaboré des actions destinées à promouvoir rapidement la paix et la sécurité dans ces pays.
Au lendemain du sommet, la Libye et ses hôtes ont célébré le 40 anniversaire de la Révolution. Le clou de l’événement a été un imposant défilé militaire auquel a participé un détachement de l'armée malienne. Ces festivités sont intervenues après un double succès diplomatique de la Libye, qui a obtenu le 20 août la libération de son citoyen Ali Mohamed al-Megrahi, condamné pour l'attentat de Lockerbie et libéré par l'Ecosse pour raisons médicales et des excuses de la Suisse dans l'affaire qui avait conduit à l’interpellation du fils du Guide, Hannibal, dans ce pays.
Avant de fêter l’anniversaire de la Révolution du 1er septembre 1969, le pays avait célébré dimanche une autre victoire : le premier anniversaire du traité d'amitié conclu avec l'Italie pour solder son passé colonial, avec en prime des excuses de Rome et des compensations de cinq milliards de dollars (environ 2 500 milliards Fcfa). Dans le cadre de cette initiative, Mouammar Kadhafi a posé en compagnie du chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi la première pierre d'une autoroute de 1 700 kilomètres qui longera les côtes libyennes.
Envoyé spécial
B. COULIBALY
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