Face à l’expertise chinoise, Bretton’s Wood semble avoir une politique floue envers Kinshasa
21.08.2009
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Par Blog Chari
Le cas du financement par la Banque mondiale des travaux de réhabilitation d’un tronçon routier de Kinshasa dont le marché a été gagné par une entreprise chinoise révèle que les institutions financières internationales qui boudent les contrats chinois avec la RDC cherchent toujours à flouer Kinshasa
Attention, attention, attention : 47 millions de Usd sont « disponibilisés » pour financer une route de moins de 4 km. De deux choses l’une : ou le montant indiqué sur le panneau est vrai, ou il ne l’est pas. Ce qui est cependant vérifiable, c’est que sur les deux panneaux implantés l’un au niveau du Centre supérieur militaire, l’autre de Brikin, il apparaît clairement le montant de 47.600.000 USD pour la réhabilitation de l’avenue de l’Ecole, longue exactement de 3.585 m.
Financés par la Banque mondiale, les travaux s’étalent sur deux ans, soit du 15 juin 2009 au 15 juin 2009. Le marché a été adjugé par une entreprise chinoise n’ayant rien à voir avec les contrats dits chinois.
L’enjeu, à proprement parler, n’est pas le coût qui pourrait faire de l’Ecole l’avenue la plus chère au pays, sinon au monde, pour une moyenne de 11 millions de dollars le km. On sait, par exemple, que sur près de 500 m, une énorme érosion a fendu la chaussée en deux.
L’enjeu, c’est plutôt le fait de réaliser la disponibilité de la Banque mondiale à accepter l’expertise chinoise dans la construction des infrastructures de base en RDC pendant que son « frère jumeau », le Fmi, fait au gouvernement congolais des misères pour les « contrats chinois ». Or, les 47 millions affectés à l’avenue de l’Ecole ne sont pas un don ; c’est un emprunt que la RDC doit obligatoirement rembourser.
Il est à noter que ce marché n’est pas le premier à obtenir le financement de la Banque mondiale. La route Kisangani-Niania en Province Orientale, le tronçon Mbanza-Ngungu/Matadi au Bas-Congo, pour ne citer que ces deux voies, sont l’œuvre des entreprises chinoises.
Experts Fmi/Experts Chine
Il va sans dire que le Congo n’a pas à se gêner de recourir à l’expertise chinoise lorsque des institutions communautaires internationales ne voient aucun inconvénient dans l’établissement des relations d’affaires avec Beijing.
Dernièrement, les médias ont fait état de l’emprunt contracté par le Fmi auprès de la Chine pour un montant de Usd 50 milliards ! Presque un mois après le passage, à Kinshasa, de Dominique Strauss Khan.
Plaidant pour la re-visitation des « contrats chinois », le Directeur général du Fmi a fait à la RDC un drôle de marché : accepter la réduction à 6 au lieu de 9 milliards ! C’est à croire que le Congo ne méritait pas les 3 milliards de « surplus ».
Comme relevé dans une analyse livrée à « New Trends », le problème se résume dans le fait que ce pays, aux yeux de Bretton’s Wood, ne devrait jamais recevoir 9 ou 6 milliards de Usd en si peu de temps ; sa vocation étant d’obtenir, à des doses homéopathiques, les milliards dont il a besoin pour son développement !
L’observateur averti aura constaté que les « contrats chinois » font l’objet d’une interprétation diamétralement opposée entre les experts du Fmi, d’un côté, et ceux de la Chine, de l’autre. Les premiers soutiennent la thèse de l’emprunt, ce que contestent les seconds. Paradoxalement, les premiers ne réclament pas un débat contradictoire alors qu’ils exercent une pression insoutenable sur le gouvernement congolais !
On peut déduire du refus de ce débat que la Chine tient plutôt le bon bout et, d’ailleurs, ses plénipotentiaires le disent tout haut.
En se confiant à l’expertise chinoise quand il s’agit des routes en RDC financées par la Banque mondiale, et en se méfiant de l’expertise chinoise quand il s’agit des contrats chinois « non approuvés » au préalable par le Fmi, Bretton’s Wood donne l’impression de n’avoir pas une politique claire en direction de Kinshasa.
Erreur de 1960 !
Dans une autre analyse, parue également dans « New Trends », il est démontré que la dette extérieure congolaise, pour laquelle Bretton’s Wood fait peser de sérieuses hypothèques sur les « contrats chinois », n’est pas de la mer à boire. Initialement constituée avec un principal de Usd 6 millions et des intérêts de Usd 8 millions, elle est, au bas mot, de Usd 233 par habitant. Soit moins d’un dollar par mois par congolais !
C’est une dette payable, pour peu que la production nationale soit relevée. Or, le relèvement passe notamment par les « 5 Chantiers », c’est-à-dire l’accès à des voies et à des moyens de communication convenables, l’accès à l’eau et l’électricité, l’accès à la santé et à l’éducation ; ce qui n’est possible que par l’accès à un habitat décent !
Si donc tous les partenaires au développement (traditionnels et non traditionnels compris) focalisent leurs interventions sur ces chantiers-là, c’est sûr qu’ils rendront le Congo solvable !
En ne se pressant pas de le faire, en définitive c’est le Congo qu’ils rendent de moins en moins solvable. Et puisqu’ils ont choisi le Fmi et la Banque mondiale pour piloter l’aide au développement destinée à la RDC, la déduction à tirer est qu’ils convainquent les Congolais d’être les mal aimés de Bretton’s Wood…
En 1960, ils avaient commis cette erreur, et Lumumba fut transformé en pro-soviétique et, par ricochet en pro-chinois, alors que le Premier ministre était un belgophile – un Occidentaliste – bcbg… Les leçons se donnent pour être prises, apprises et comprises…