
Le Programme alimentaire mondial va réduire ses distributions dans le monde en raison d'une baisse conséquente de son budget, alimenté par des dons.
L’équation est simple. Le Programme alimentaire mondial (PAM) avait prévu un budget de 6,7 milliards de dollars pour financer les besoins de ceux qui souffrent de la faim dans le monde. Mais les pays donateurs n’ont pour l'instant mis que 3,7 milliards de dollars sur la table pour l’année 2009, une somme éloignée des 5 milliards de dollars récoltés par le fonds pour l'année 2008. Certes il reste 4 mois pour que la situation change, mais la direction du programme des Nations Unies a tiré la sonnette d'alarme.
L’aide internationale est pourtant cruciale pour cette agence de l’ONU. Son objectif: apporter de l'aide à 108 millions de personnes dans 74 pays- soit environ 10% du milliard de personnes souffrant de malnutrition. L'an dernier, le PAM a ainsi aidé 102 millions de personnes. Pour voir les chiffres de 2007, cliquer ici (en pdf).
Conséquence de ces restrictions budgétaires: des opérations de distribution de denrées alimentaires vont être réduites dans le monde entier. "En Ouganda par exemple, 2 millions de personnes reçoivent normalement de l’aide du PAM. La distribution de denrées a été coupée pour 600.000 d’entre elles dans le nord du pays car nous n’avons pas assez de fonds", détaille Emilia Casella, porte-parole du PAM.
Pour expliquer ce trou budgétaire, la directrice du PAM, Josette Sheeran a évoqué un double effet. En 2008, la crise alimentaire a plongé encore plus d’individus dans les carences alimentaires, avec pour conséquence d'accroître les besoins financiers du PAM. Le cap du milliard de personnes souffrant de la faim a été franchi.
Puis, fin 2008, avec la crise financière, les finances des pays contributeurs se sont réduites. Ces derniers représentent 90% des ressources du PAM. "Ce n’est pas la première fois qu’on ne reçoit pas 100% de ce dont on a besoin. Mais cette année, le montant du manque est particulièrement élevé", constate Emilia Casela, jointe par Youphil.
Au Kenya, au Bangladesh ou encore en Amérique centrale, plusieurs centaines de milliers de personnes vont subir les conséquences de ce double effet.
"Notre stock de Vitacéréales s’épuisera à la fin du mois d'août", précise le porte-parole de l’organisation à Genève. 100.000 enfants de moins de 5 ans et 50.000 enceintes ou donnant le lait risquent donc de ne plus recevoir ce mélange très nutritif composé de maïs, de soja et d’oligoéléments.
D’autres activités du Programme alimentaire mondial pâtissent du manque de dons. Plusieurs millions de dollars manquent au service humanitaire aérien des Nations Unies (UNHAS). Non seulement le PAM mais aussi les organisations humanitaires qui utilisent les avions de cette entité pour se déplacer dans des zones reculées vont devoir stopper certaines de leurs activités.
L’UNHAS transporte notamment 4000 passagers humanitaires par mois au Tchad pour aider les centaines de milliers de déplacés du Darfour.
La direction du Programme alimentaire n’a pas voulu communiquer les noms de pays qui ont réduit leurs donations. A Genève, on se veut indulgent: "nos donateurs ont déjà trouvé des fonds dans une période très difficile", explique-t-on.
Reste maintenant pour le PAM à trouver les moyens de sortir d’un cercle vicieux dans lequel les prix alimentaires s’envolent à cause de la crise financière.
http://www.youphil.com/fr/article/0734-vache-maigre-pour-l-aide-alimentaire-mondiale?ypcli=ano