Il est le footballeur tchadien le plus célèbre. Il le sera encore pour quelques années probablement. Car, la discipline est à ses balbutiements au Tchad. Japhet Ndoram a joué en Europe, à Nantes puis à Monaco avant de stopper sa carrière à la suite d'une blessure à un genou. Obligé de raccrocher prématurément les crampons, Japhet Ndoram, qui a contracté le virus des footballeurs retraités-l'embonpoint, s'est reconverti dans la formation des jeunes. Il a officié dans les centres nantais et, un peu moins, monégasque. Actuellement, sa priorité, c'est l'Afrique. Entretien avec le ‘prince’ de la Loire et du Rocher, qui a séjourné à Dakar au mois de juillet dernier.Japhet Ndoram : Je suis toujours dans le football. Après l’arrêt brutal de ma carrière, à cause d’un problème récurrent au genou droit, je travaille depuis lors dans la formation. J’ai travaillé dans les staffs techniques du Fc Nantes et de l'As Monaco. Mais, c’est avec Nantes que j’ai plus travaillé. Parce que Nantes, c’est mon club formateur. C’est là où je suis basé. J’y ai ma famille. Malheureusement, je ne travaille plus avec le club. Il y a une nouvelle équipe dirigeante qui est arrivée à la tête du club. Ceux avec qui je travaillais ne sont plus là.
Wal Fadjri : Que faites-vous depuis votre départ de Nantes ?
Japhet Ndoram : Je cherche à m’installer de plus en plus en Afrique. Mes projets sont plus tournés vers l’Afrique, notamment dans mon pays, le Tchad. Je pense que je pourrai être utile à cette jeunesse africaine, qui a besoin d’une orientation dans le domaine du football. J’ai notamment deux ou trois projets en Afrique, pour aider les jeunes. Je n’ai pas encore ciblé de pays de façon précise. Je suis pour le moment en train d’y réfléchir. Le choix définitif ne va pas trop tarder.
Wal Fadjri : Vos projets portent sur quoi ?
Japhet Ndoram : Je veux travailler dans l’installation d'infrastructures sportives, pour donner un coup de main au football africain. Mais au-delà, je travaille en étroite collaboration avec les responsables du football de mon pays.
Wal Fadjri : Votre séjour au Sénégal serait-il lié à vos nouvelles activités ?
Japhet Ndoram : Je suis au Sénégal avec Salif Diao, qui est un grand monsieur du football sénégalais et africain. Je veux contribuer au soutien qu’il apporte aux jeunes de sa ville natale (Kédougou) où il a érigé un centre de formation. Je suis vraiment content de constater qu’il est en train de faire un bon travail qui pourra servir le Sénégal dans le futur. J’ai été ravi de constater qu’il y a un véritable réservoir de talents au Sénégal.
‘Je suis content de constater que Salif Diao est en train de faire un bon travail qui pourra servir le Sénégal dans le futur.’
Wal Fadjri : La coupe du monde en Afrique : qu'est-ce que cela vous fait ?
Japhet Ndoram : Avec les brillants résultats de certaines nations africaines dans les dernières phases finales du Mondial, c’est une bonne chose que l’Afrique organise enfin la coupe du monde. A moins d’un an de cet événement, l’Afrique du Sud vient de réussir avec brio l’organisation de la coupe des Confédérations qui a été finalement remportée par le Brésil au détriment des Etats-Unis. Au finish, les gens sont satisfaits de constater que tout s’est bien passé dans l’ensemble. Contrairement à ce que d’aucuns pensaient, au plan de la sécurité, rien n'a été signalé. Cela montre que l’Afrique peut bien et mérite d’organiser un Mondial. Il est toutefois évident qu’on ne peut pas comparer les deux événements. Le Mondial est d’une autre dimension, largement supérieure à la coupe des Confédérations.
Wal Fadjri : Les matches aller de la troisième phase des éliminatoires de la Can et du Mondial 2010 sont bouclés. Quel bilan en tirez-vous ?
Japhet Ndoram : Certaines équipes se dégagent du lot. C’est le cas notamment de la Côte d’Ivoire et du Ghana, qui ont réussi le carton plein en remportant leurs trois matches. Ils occupent le haut du tableau. A part ces deux équipes, on a noté qu’il y a eu quelques surprises dans les trois autres poules où les équipes sont en ballotage. Le Cameroun, qui est une très grande nation de football, peine dans son groupe où il est scotché à la dernière place, en attendant son dernier match à jouer contre le Gabon. Il y a aussi l’Egypte qui peine à trouver ses marques dans son groupe où on remarque avec beaucoup de satisfaction que l’Algérie est en train de revenir en force sur le devant de la scène continentale. Mais, au lieu de s’apitoyer sur le sort du Cameroun ou de l’Egypte, il faut plutôt se féliciter de l’émergence des autres pays qui ont créé ce ballotage. Il est très bon de constater que des pays comme le Togo, le Bénin ou le Burkina Faso bousculent des grandes nations du football continental. Cela suppose qu’il y a du progrès. Ce constat fait espérer que dans un avenir proche, les représentants de l’Afrique en coupe du monde iront beaucoup plus loin que ceux qui ont déjà réussi par le passé.
Wal Fadjri : Pensez-vous que les tendances qui se dégagent vont se confirmer ? Qu'il y aura des surprises pour la désignation des 5 pays africains qualifiés au Mondial après les éliminatoires ?
Japhet Ndoram : Il est très difficile de se livrer à des pronostics en football. Des pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui ont déjà réussi le carton plein dans la phase-aller, pourraient bien être en Afrique du Sud. A côté d'eux, il faudra peut-être compter sur l’Egypte qui a juste eu du mal à entrer dans la compétition. Ça sera très aléatoire, mais je pense que le Cameroun pourra bien obtenir sa qualification. C’est vraiment difficile de se prononcer aujourd’hui. Mais, il ne serait pas surprenant de voir ces équipes en Afrique du Sud.
Wal Fadjri : En coupe du monde, personne n'a jamais fait mieux que le Cameroun et le Sénégal, quart de finalistes...
Japhet Ndoram : Je vois bien des pays comme le Ghana et la Côte d’Ivoire accéder, au moins, en demi-finale du Mondial sud-africain. Ce n’est pas un rêve. Mais, une probabilité qui pourrait bien se réaliser au bout du compte. Ces deux équipes disposent de potentialités pour défier n’importe quelle autre nation. Je ne serai vraiment pas surpris que l’un de ces deux pays passe en demi-finale. Si ces deux pays arrivent à passer le premier tour, ils pourront bien atteindre les demi-finales.
Wal Fadjri : Et l'Afrique du Sud, chez elle ?
Japhet Ndoram : Il sera très difficile pour l’Afrique du Sud d’aller très loin dans cette compétition. Parce qu’elle ne regorge pas de joueurs bien expérimentés qui pourraient tenir le coup devant les grandes équipes qui seront là-bas.
Wal Fadjri : Le Sénégal a été éliminé dès la deuxième phase des éliminatoires. Comment avez-vous accueilli cette sortie prématurée ?
‘Si le Sénégal était qualifié, avec la Côte d'Ivoire et le Ghana, l'Afrique aurait encore plus de chances lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud.’
Japhet Ndoram : L’élimination du Sénégal a été une très grosse déception pour tout le monde. Ce n’est pas seulement le peuple sénégalais qui a eu mal. C’est toute l’Afrique qui a eu mal. Parce que le Sénégal possède une équipe qui dispose de grosses qualités. Une équipe capable de sauver la face de l’Afrique à cette coupe du monde. Sur le papier, rien ne peut justifier l'élimination prématurée du Sénégal. Si le Sénégal était là, avec la Côte d'Ivoire et le Ghana, l'Afrique aurait encore plus de chances en Afrique du Sud. Malheureusement, il ne sera pas en Afrique du Sud. C’est un gros gâchis pour toute l’Afrique.
Wal Fadjri : Vous avez pris votre retraite sans avoir disputé une phase finale de compétition majeure avec la sélection du Tchad. Ça aussi, c'est du gâchis ?
Japhet Ndoram : J’ai toujours rêvé de qualifier mon pays à la phase finale de la Can. Malheureusement, ça n’a jamais été le cas. Il y a eu cette vilaine et malheureuse blessure au genou qui m’a éloigné de mon métier de footballeur. Je regrette ceci très profondément. J’ai un peu mal en pensant à tout ceci. Mais, c’est le destin. Je vis cette situation avec beaucoup de philosophie.
Wal Fadjri : Qu'allez-vous faire pour éviter aux futures générations tchadiennes le même sort ?
Japhet Ndoram : Il y a tout un plan-programme qui est entrepris à cet effet. On a participé à la première phase de ces éliminatoires de la Can et du Mondial 2010. On a partagé le même groupe que le Soudan et le Mali, des pays qui ont beaucoup plus d’expérience que le nôtre. Notre participation n’était qu’un apprentissage. Néanmoins, après 5 matches joués, on a pu remarquer que l’équipe avait fait quelques progrès. Pour parler de mon apport personnel, j’ai mis toute mon expérience et mon expertise à la disposition de mon pays. Que ce soit sur le plan professionnel ou relationnel.
Propos recueillis par Mamanding Nicolas SONKO