Sassou Nguesso a fait moins bien qu’en 2002. A l’époque, après avoir pris le temps de se tailler une nouvelle constitution sur mesure, il avait obtenu, le 10 mars, 89,54% des suffrages exprimés pour un mandat porté de cinq à sept ans. Cette fois, il n’a obtenu, officiellement, que 78,61% des suffrages.
La seule inconnue, avant le scrutin, portait sur le taux de participation. Après avoir vainement demandé le report de l’élection pour faire la toilette d’un invraisemblable fichier, l’opposition, s’était résolue à appeler au boycott. Le ministère de l'Administration du territoire, a annoncé un taux de participation de 66,42%.
Les autres candidats arrivent très loin derrière. Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, candidat indépendant, est deuxième avec 7,46% des voix, l'opposant modéré Nicéphore Fylla de Saint-Eudes, 6,98%. Mathias Dzon, réputé radical, qui était considéré comme le principal adversaire du président, n’a obtenu que 2,30%. Ces résultats ont été jugés peu crédibles par divers observateurs. L’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH) est formel. « Cette élection présidentielle, vu le très faible taux de participation, les fraudes et irrégularités constatées, n’a été ni juste, ni transparente et équitable ; et n’a pas exprimé la volonté du peuple congolais ».
Gonflement du fichier
La Commission de l’Union européenne avait préféré ne pas envoyer d’observateurs, mettant en cause, selon les explications fournies par son chef de délégation au Congo, Miguel Amado, « le gonflement du fichier électoral de plus de 60% avec 2,2 millions d’électeurs pour une population de 3,6 millions d’habitants ».
Même les douze observateurs de la Communauté économiques des Etats d’Afrique centrale, CEMAC, s’exprimant par son chef de la délégation, Athomo Ndong, a estimé que le « taux de plus de 20 % [de participation] n’est pas réaliste et même surévalué ». A l’instar des autres communautés régionales, la CEMAC se garde habituellement de toute critique des pouvoirs en place.
Hormis le pouvoir, l’élection n’a trouvé grâce qu’aux yeux de la Coordination des observateurs franco-africains (COFA) présidée par le député-maire UMP français Jean-Michel Fourgous et comprenant notamment les députés européens, Jacques Toubon et Patrick Gaubert. La COFA a jugé le scrutin « globalement satisfaisant » en expliquant que « les standards européens ne sont pas à adapter au Congo ».
Sassou Nguesso, 72 ans, vient de s’octroyer un nouveau bail de sept ans après avoir déjà exercé le pouvoir pendant 25 ans, de 1979 à 1992 et de 1997 à 2009. C’est la quatrième fois que l’ancien général prend ou conserve le pouvoir. Les deux premières fois, c’est par les armes qu’il s’était rendu maître du pays.
Après avoir suivi une formation d’ancien instituteur, Nguesso a préféré les armes en s’engageant en 1961 dans l’armée congolaise. En 1970, il adhère au parti unique, franchissant l’ultime levier du pouvoir du Congo marxiste, le Parti congolais du Travail. Il est nommé immédiatement ministre de la Défense et de la Sécurité. A l’assassinat du président Marien Ngouabi, l'intérim de la présidence lui est confiée pendant quelques jours, du 18 mars au 2 avril 1977. Il doit céder la place à Joachim Yhombi-Opango, l'officier le plus gradé du Comité militaire du parti, qui exerce le contrôle du pouvoir politique. De mauvaise grâce puisque, il se fait élire à la présidence du PCT et devient, de fait, le nouveau président de la République, en écartant, le 5 février 1979, Joachim Yhombi-Opango.
En 1989, candidat unique, il est réélu pour un troisième mandat. L’élection est fortement contestée.
Conférence nationale
L’exigence démocratique qui enfle en Afrique finit par atteindre l’Afrique centrale. Nguesso doit consentir, le 25 février 1991, à tenir une Conférence nationale. Sa « mauvaise gestion » est dénoncée publiquement et il est condamné à une amende de 2 milliards de francs CFA (trois millions d’euros). Une nouvelle constitution, très démocratique est adoptée par référendum et l’élection présidentielle organisée le 2 juin 1992. Candidat à sa propre succession, il n’arrive que troisième derrière Pascal Lissouba et Bernard Kolélas. Il s’allie au premier et lui assure la majorité. S’estimant mal récompensé, il se barricade dans son village, y attendant le moment favorable. Le 5 juin 1997, il déclenche une guerre civile qui fera selon les estimations les plus modérées, plus de 100 000 morts. Aidé par une coalition hétéroclite où se retrouvent le Tchad, l’Angola marxiste, il reprend le pouvoir pour la deuxième fois par la force des armes.
Sa première mesure est de changer cette constitution qui lui avait coûté le pouvoir. Elle lui assure en 2002, une première réélection. La seconde vient d’avoir lieu, dans des conditions similaires.
Ce résultat est invraisemblable. Le vote au Congo est malheureusement très ethnique. De la minorité ethnique mbochi du Nord (11%) de la population, Nguesso, peut d’autant moins prétendre gagner des élections qu’il a marginalisé, depuis son retour au pouvoir, le Sud du pays, le Pool, qui concentre 70 % des Congolais. Auparavant poumon économique du pays, comme pour lui faire payer son soutien à son ennemi Pascal Lissouba, aucun crédit n'a été est voté pour la région, entraînant la fermeture d’écoles et de structures sanitaires. Seul Médecins sans frontières y garde ouverts quelques centres de santé.
Il est invraisemblable que le Pool vote pour Nguesso. 70 % des Congolais vivent sous le seuil de la pauvreté. Mais alors comment assurer une participation de 66% à l’élection présidentielle ?
Denis Sassou Nguesso ne s’embarrasse pas de telles interrogations. Seul maître à bord, il entend, comme alentours, régner jusqu’à la fin de ses jours. Il n’a que 72 ans…
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