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* Roussin : «Bongo était le sage de l'Afrique»

Michel Roussin a été ministre de la Coopération du gouvernement Balladur. Passé dans le privé, il entretient des liens étroits avec l'Afrique. Il analyse les conséquences pour les relations entre la France et le Continent noir au lendemain de la disparition d'Omar Bongo.

Que reste-t-il aujourd'hui de ce qu'on a appelé la «Françafrique» ?

L'expression a une connotation péjorative. On y associe l'idée d'une compromission entre les milieux d'affaires et les milieux politiques africains et français. Les choses évoluent dans le bon sens. On sort aujourd'hui d'une relation qui était nourrie du complexe de l'ancien colonisateur qui ne parvenait pas à assumer le fait que cette période était terminée.

Que change la disparition d'Omar Bongo?

Le président Bongo était un symbole. Je n'oublie pas les critiques qui lui ont été adressées. Certaines étaient sans doute fondées. D'autres l'étaient beaucoup moins. On oublie ainsi l'aspect positif de l'action d'Omar Bongo. Je peux témoigner qu'il a toujours eu la paix pour objectif. Il était le sage, le doyen, l'homme politique chevronné de l'Afrique. Beaucoup sollicitaient son aide et ses arbitrages. En maintes occasions - au Congo Brazzaville, et au Tchad par exemple - il intervenait pour résoudre les crises. Par sa médiation et son savoir-faire, il amenait les parties antagonistes autour de la table de négociation et évitait ainsi le pire. Peu de responsables ont cette capacité.

On a beaucoup dit qu'Omar Bongo avait obtenu la tête de Jean-Marie Bockel, écarté du ministère de la Coopération. Est-ce plausible?

Que le président Bongo ne se soit pas entendu avec Bockel et qu'il ait trouvé que certaines remarques de celui-ci étaient blessantes pour lui, c'est une chose. Mais, contrairement à une légende tenace, les gouvernements français ne sont pas constitués en fonction des avis et avec l'aide de nos partenaires africains.

On a vu, à l'occasion de la mort d'Omar Bongo, ressortir les soupçons de financement des campagnes électorales françaises par le Gabon. Ces accusations ont-elles un fond de véritéou serait-ce un fantasme ?

Je ne pense pas que ce soit un fantasme. Mais je suis personnellement incapable de dire si cela s'est produit, et, si c'est le cas, comment cela s'est fait. En tout état de cause, je n'ai jamais eu à traiter de ce genre de chose. C'est au demeurant ce qui m'a permis d'entretenir des relations parfaitement claires avec tous les chefs d'État africains. Tout simplement parce que je n'ai jamais mis le doigt dans ce type d'opération.

Depuis le début de la VeRépublique, la politique africaine de la France a été conduite par des hommes de l'ombre, proches de l'Élysée. Jadis Jacques Foccart, naguère Guy Penne et Jean-Christophe Mitterrand, aujourd'hui Robert Bourgi. Est-ce une pratique saine?

Pour comprendre ce mode de fonctionnement, il faut être immergé dans les traditions africaines. Il est toujours utile d'utiliser les compétences de gens capables de les décoder. Robert Bourgi tient aujourd'hui ce rôle. C'est un avocat qui a assimilé cette culture africaine. Il détient les clés de beaucoup de comportements africains. Cela évite parfois que certaines erreurs soient commises.

Mardi, Nicolas Sarkozy a été hué par certains Gabonais au cours de la cérémonie des obsèques du président Bongo. Quelle signification politique faut-il donner à cette bronca?

Je pense que ce mouvement d'humeur a été une réaction spontanée d'une partie des Gabonais présents lors des cérémonies qui ont mal supporté l'escorte très importante, notamment composée de nombreux cameramen, qui entourait le président Sarkozy. Il y a eu un mouvement qui était peut-être aussi adressé à une presse française qui, au cours des dernières semaines, n'a pas épargné le président gabonais au moment où il luttait pour sa survie.

Propos recueillis par Philippe Reinhard

© Le Télégramme

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