La vitalité de la démocratie malienne qui est déjà saluée et enviée de par le monde le sera encore plus dans trois petites années. Avec un président de la République qui entend respecter scrupuleusement la loi fondamentale de son pays, en transmettant le témoin à un successeur en 2012, le Mali sera comme le champion de l’alternance démocratique en Afrique au sud du Sahara, une région frappée par le fléau des révisions constitutionnelles, un exercice apprécié par maint chef d’Etat.
Point besoin de spéculer autour de l’intention du chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, de rester encore à Koulouba au-delà du 08 juin 2012. Le doute a été pour la deuxième fois balayé des esprits des sceptiques qui n’ont cessé de prêter cette intention à l’homme fort du 26 mars 1991. Pourtant en 2008, interpellé sur la question, ATT dans un style qui lui est propre, avait intelligemment mis les uns et les autres à l’aise par cette phrase : « Ce débat ne me concerne pas, s’il y a quelqu’un qui s’est bien battu pour l’alternance démocratique dans notre pays lors de la conférence nationale, c’est bien moi ». Voilà que malgré cette précision déconcertante, certains ont continué à épier les fautes et gestes du président de la République, jusqu’au 08 juin 2009, où ATT a déclaré : « Notre constitution est claire, elle sera respectée ».
Voilà qui est clair. Après une transition démocratique accomplie dans les règles de l’art par ce même ATT, notre pays a connu ses premières élections plurielles en 1994 avec l’arrivée d’Alpha Oumar Konaré à la présidence de la République. Les efforts de ce dernier dans la consolidation d’un Etat démocratique n’ont pas été négligeables, quand on sait que l’Etat de droit, la liberté d’opinion, d’association, ont été des réalités palpables. La floraison des organes de presse, de partis politiques, d’associations et syndicats constitue un baromètre sûr de ce processus démocratique. Après avoir passé loyalement ses deux mandats constitutionnels à la tête du pays, Alpha national, même si on a tenté de lui prêter des mauvaises intensions à la fin de son règne, remettait historiquement le flambeau à son successeur le 08 juin 2002, au terme d’élections empreintes de transparence, d’apaisement et de tolérance.
Cette prouesse du Mali fut saluée de part le monde entier, et la démocratie allait se revêtir d’une autre couverture plus attrayante. De 2002 à nos jours, on aura constaté de réels efforts visant à consolider cette démocratie. Le temps fort de cette consolidation sera certainement le 08 juin 2012, où ATT à son tour pourra remettre le témoin à un successeur en toute démocratie. L’acte constituera sans nul un fait majeur pour le continent africain, malmené dans son existence par les révisions des constitutions.
D’ailleurs tout près de nous, au Niger, le mauvais exemple est en train d’être donné par le président Mamadou Tandja, lequel, au terme de ses deux mandats constitutionnels, tente, sous le prétexte d’une volonté du peuple, de réviser la constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat. Et l’opposition des autres institutions de la République comme la Cour Constitutionnelle et l’Assemblée Nationale qu’il vient justement de dissoudre ne l’impressionne nullement. Ce forcing du président Tandja pour se faire contre vents et marées un troisième mandat et qui sait, une présidence à vie, sera une atteinte grave à la démocratie de ce pays. Le président Tandja suit ainsi la voie de l’Algérien Bouteflika, qui a réussi son coup.
Donc du Gabon au Burkina Faso en passant par le Tchad, on peut dire que la démocratie africaine souffre des présidents qui foulent au pied leurs serments de garants de la constitution. On ne peut s’empêcher de penser à cette plaie autre plaie qui se rouvre : les coups d’Etat qui replongent le continent dans les ténèbres : c’est le cas en Mauritanie, et en Guinée Conakry. Mais de tout cela la démocratie malienne est exempte et peut-être pour de bon.
Abdoulaye Diakité