L’estocade tarde à venir, certes, mais les cris de putois du tombeur d’Hissen Habré ne sauraient laisser indifférent.
D’où vient-il donc que celui-là même qui, en 1990, venu du Soudan à la tête de colonnes lourdement armées dicter sa loi à N’Djamena, s’offusque aujourd’hui que son parrain d’hier ait changé de filleul ? Deby s’en serait tenu à ses sempiternelles recriminations contre son intime ennemi Béchir, le gros poisson de la Cour pénale internationale (CPI), que ses derniers communiqués de guerre seraient un non-événement.
Hélas, à tort ou à raison, au sortir de l’échec de la dernière attaque rebelle, Idriss Deby Itno, non content de rompre les relations diplomatiques liant son pays au Soudan, retire sa confiance à l’Union africaine dans la résolution de la crise, arguant "son incapacité à trouver des solutions appropriées" et le fait qu’elle ne cite pas nommément Oumar El Béchir et les siens, même si elle a fermement condamné l’attaque des rebelles.
Il n’en est pas jusqu’à la toute-puissante Chine et à l’indomptable Libye qui n’aient reçu leur dose respective de fatwa pour comportement inamical lors de la réunion du Conseil de sécurité tenue le vendredi 8 mai sur la question tchadienne. Alors que la rébellion ne s’est pas, loin de là, avouée vaincue, voilà en tout cas un Deby élargissant le cercle de ses ennemis.
Seul contre tous, et en dépit de la manne pétrolière et de sa collaboration annoncée avec la CPI pour s’offrir le scalp de Béchir, le maître de N’Djamena survivra-t-il à l’érection de ses états d’âme en hymne national ? L’or noir coule à flots à ses portes, certes, mais ce n’est pas évident qu’ils puisse satisfaire l’appétit glouton des grandes puissances en veille.