Chercher les victimes et non le tueur! Idriss Deby Itno (IDI) projette une liquidation des principaux chefs de la rébellion.
C’est la dernière ficelle du clan des Itno. Au terme d’une longue palabre, les uns se sont prononcés, les autres tergiversaient encore. En arbitre, le cercle select du nombril présidentiel a tranché. Net : Les leaders de la rébellion doivent être liquidés physiquement. Un coup de fil, des pots de vin et des infiltrations. Le scénario des meurtres en série.
A Khartoum, loin des serres de Deby, les espions de N’djamena sont en mission « commando ». Avec de véreuses complicités soudanaises, effet des pots de vin ; les agents secrets tchadiens ont brouillé la vigilance des services de sécurité soudanais et les gardes rapprochés des principaux chefs rebelles.
Selon notre confrère Tchadactuel, Mahamat Nouri et Timan Erdimi sont en tête de cette liste noire. IDI se perd en conjecture. Des injonctions libyennes aux recommandations parisiennes, il faut dire que le boss de N’djamena n’a pas la bonne recette pour « neutraliser » les rebelles.
Sous la tente le trépidant colonel a prescrit une nouvelle ligne à son filleul tchadien. : « Pas de négociations directes avec les rebelles sans Tripoli ». Il faut bien jouir de la gloire diplomatique d’un pourparler entre N’djamena et ses chefs de guerre. Vision du colonel.
A l’Elysée, les diplomates prêchent pour un « rapprochement direct », sorte de négoce tchado- tchadienne. « Paris s’encombre un peu trop du louche dossier tchadien », a confié un habitué des couloirs du Ministère français des Affaires Etrangères.
Entre le marteau libyen et l’enclume français, Deby eu l’ingénieux plan de « neutraliser » ses adversaires militaires dans une capitale qui lui est « hostile ».
D’une pierre, plusieurs jets. IDI règle ainsi définitivement -et sans mobiliser sa milice – la question des mouvements politico-militaires. « Sans Nouri, ni Erdimi ; plus de rebellions » ; s’extasie-t-on au palais rose. Et El Béchir, dans de sales draps. Jubilation de l’autre côté de la frontière.
Certes la thèse d’une complicité de certains soudanais dans les meurtres sera des pilules dures à avaler, mais tout au moins ; les soupçons sur Deby auront perdu en intensité diplomatique.
Les recettes de ces assassinats sont variées et seront personnalisées. Une seule consigne. Les traces de N’djamena doivent être soigneusement effacées. Du poisson au coup de feu d’un agent infiltré, le profil du leader à abattre doit dicter la formule macabre.
La thèse d’un poisson féroce a même été déjà décidée pour un des deux cibles de choix.
L’idée d’une liquidation systématique des chefs de l’opposition armée n’est pas nouvelle. Après les affrontements de juin entre les rebelles et les forces loyalistes, une liste des leaders de l’opposition politico-militaires avaient été transmis sous le sceau confidentiel à l’Agence de la Sécurité Nationale (ANS). On y retrouvait un éventail de la classe militaire anti- Deby.
Dès lors, Nouri et Cie assassinés, est-ce la paix de braves ? A N’djamena, les idéologues de la diplomatie se figent dans l’optimiste. « En réalité, le vrai problème entre Deby et El Béchir, c’est la déstabilisation des régimes par rébellions interposées. » Et cette source de conclure : « Même après avoir réussi à éliminer physiquement les chefs rebelles, Deby ne sera pas satisfait. Il voue une haine tenace à El Béchir. »
On se frotte les mains dans le cénacle présidentiel, avec ce « raid silencieux à Khartoum », IDI n’aura pas à payer le prix d’une quelconque disgrâce auprès de ses parrains. C’est la sagesse du juste milieu.
Au sein de la rébellion, ces signaux ne passent pas en traits interrompus. Le vent d’assassinat commandité par les pachydermes de la hiérarchie militaire tchadienne renforce l’idée d’une coalition triomphale sur N’djamena.
Par D.D de Ndjamena-matin