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Nicolas Sarkozy réclame le départ de Robert Mugabe

PARIS - Nicolas Sarkozy a réclamé lundi le départ de Robert Mugabe de la présidence du Zimbabwe, joignant sa voix aux appels de plus en plus nombreux à la démission du vieux dirigeant africain.

Le chef de l'Etat, qui s'exprimait à l'occasion du 60e anniversaire de la déclaration des Droits de l'homme, a accentué en outre les pressions sur le président soudanais Omar Hassan al Bachir, déclarant qu'il ne lui restait plus que quelques jours pour prendre des décisions susceptibles de ramener la paix dans la province du Darfour.

"Le président Mugabe doit partir", a-t-il dit devant un parterre de personnalités internationales au nombre desquelles figuraient d'anciens dirigeants comme Jimmy Carter (Etats-Unis) et Mary Robinson (Irlande) ou encore l'ancien secrétaire général de l'Onu Kofi Annan.

"Le Zimbabwe a suffisamment souffert. Toutes les discussions ont été engagées (...) mais il est un moment où, quand un dictateur ne veut pas entendre, ne veut pas comprendre, les chefs d'Etat et de gouvernement doivent cesser de discuter. Il est temps de dire : 'Monsieur Mugabe, vous avez assez pris en otage votre peuple'", a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont déjà exigé le départ de Robert Mugabe, demandé également lundi matin par Javier Solana, le porte-parole de la diplomatie européenne.

Englué dans une crise politique depuis la réélection contestée et émaillée de violences de Mugabe, qui dirige ce pays enclavé d'Afrique australe depuis 28 ans, le Zimbabwe est au bord de l'implosion, avec un taux de chômage et une inflation records ainsi que des difficultés d'approvisionnement.

De plus, il est en proie à une épidémie de choléra que son système de santé très précaire n'est pas en mesure d'endiguer et qui a conduit le gouvernement à décréter l'état d'urgence et demander une aide étrangère.

DES DROITS UNIVERSELS

S'agissant du Soudan et du conflit du Darfour, dans lequel il voit "un des grands scandales de ce début de siècle", Nicolas Sarkozy a pressé le président Bachir de changer d'attitude pour permettre le retour de la paix dans cette province frontalière du Tchad.

"C'est un choix qu'il doit faire non pas dans les semaines qui viennent mais dans les jours qui viennent", a-t-il dit.

Le chef de l'Etat, qui avait rencontré son homologue soudanais fin novembre à Doha (Qatar), a indiqué que, faute de résultats, il devra faire "face à ses responsabilités, notamment devant la Cour pénale internationale".

Dressant un bilan de la situation mondiale en matière de droits de l'homme, le président français a souligné qu'il n'y avait plus aujourd'hui le même optimisme qui prévalait il y a dix ans, après la chute du mur de Berlin et la fin de l'apartheid en Afrique du Sud.

"Partout dans ce monde, (il y a) cette impression que les droits de l'homme au XXIe siècle sont en train de régresser plutôt que de progresser", a-t-il dit.

Il s'est inscrit en faux contre l'idée que les droits de l'homme étaient une valeur purement occidentale que, "comme un relent de colonialisme, nous voudrions imposer à d'autres parties du monde".

"Quelle que soit la partie du monde où on se trouve, on est un être humain qui a des droits humains, des droits humains qui sont universels (...) nous n'avons pas le droit de nous cacher derrière la culture, derrière le respect des traditions, derrière des traditions ancestrales, pour contester aux uns ce qu'on reconnaîtrait aux autres", a-t-il estimé.

Nicolas Sarkozy a enfin une nouvelle fois justifié sa rencontre de samedi avec le dalaï lama, en marge des cérémonies du 25e anniversaire du prix Nobel de la paix de l'ancien dirigeant syndical polonais Lech Walesa.

"J'ai toujours pensé qu'il n'y avait qu'une seule Chine", a-t-il répété face aux critiques de Pékin, qui voient dans le chef spirituel tibétain un dirigeant séparatiste.

"Le devoir d'un président français, c'est de rencontrer tous les prix Nobel de la paix qui veulent le rencontrer, quelles que soient leurs origines, la cause qu'ils défendent. La France serait infidèle à son histoire si elle n'accordait pas une place spécifique à celles et à ceux qui ont reçu cette distinction, a-t-il dit.

Yann Le Guernigou et Clément Guillou, édité par Yves Clarisse

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