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L’envers et l’endroit de la carte pétrole

Aliou Diongue-Dakar-Les Afriques-03-12-08

L’envers et l’endroit de la carte pétrole

dimanche 7 décembre 2008


Au sud du Sahara, le yoyo des prix satisfait les consommateurs alors que les producteurs font grise mine.

L’Afrique a inscrit le pétrole en tête de son agenda économique. Ce n’est pas sans raison. L’or noir rapporte gros, même si son prix baisse, les réserves continentales sont importantes et, progressivement, l’Afrique va fournir le quart des importations américaines. L’Afrique est devenue un acteur important du marché mondial du pétrole. Alors, avec l’énergie du désespoir, les pays africains sont plus que jamais déterminés à jouer la carte du pétrole. Avec ses hauts et ses bas.

Les recettes des Etats qui s’envolaient commencent à fondre, les entreprises pâtissent du commerce illicite qui engraisse les contrebandiers, cependant que les consommateurs sourient devant la baisse des prix du carburant. Heur ou malheur, les raffineries poussent et les recherches s’intensifient.

Recherches et raffinage

Le Mozambique va lancer un projet de construction d’une raffinerie de pétrole qui va coûter 8 milliards de dollars pour une capacité de traitement de 350 000 barils par jour.

Les travaux de construction de la première raffinerie de pétrole du Niger ont démarré le 27 octobre dans la région de Zinder pour un investissement d’environ 1 milliard de dollars. Le pipeline qui doit l’alimenter coûtera entre 300 et 400 millions de dollars. Cette raffinerie est le fruit d’un contrat de partage du pétrole du gisement d’Agadem, dans le nord du pays. Le contrat a été signé le 2 juin entre le Niger et une firme pétrolière chinoise. La raffinerie aura une capacité de traitement de 20 000 barils par jour pour un marché intérieur de 7000 barils par jour. Le Nigeria, de son côté, va investir 59,4 milliards de naïras (500 millions de dollars) pour renforcer les recherches de pétrole dans le bassin du Lac Tchad.

La société française Total devait démarrer récemment l’exploitation d’un nouveau gisement pétrolier au nord de la Mauritanie.

Le Nigeria, de son côté, va investir 59,4 milliards de naïras (500 millions de dollars) pour renforcer les recherches de pétrole dans le bassin du Lac Tchad.

La récente flambée des cours mondiaux de l’or noir a sûrement conforté l’option pétrole qui se généralise en Afrique. La tendance haussière des prix s’est certes inversée, pas la ruée vers le pétrole. Exploration, prospection, gisements, puits, forage, exploitation, exportation, raffinage, distribution, le vocabulaire de l’industrie pétrolière est désormais familier dans plusieurs pays qui, naguère, ne produisaient pas une seule goûte de pétrole. Pressés par l’urgence, les pays africains jouent cependant la carte du pétrole à fonds, avec un bonheur inégal.

L’exemple du Cameroun

Au Cameroun, l’Etat et les contrebandiers se frottent les mains, pour des raisons fort différentes, cependant que les distributeurs font grise mine. Les recettes pétrolières du Cameroun se sont accrues de 75,2% sur douze mois, passant de 452,4 millions de dollars fin juin 2007 à 792,675 millions de dollars fin juin 2008.

Les prévisions de recettes du gouvernement s’arrêtaient à 774,150 millions de dollars. Les 18,525 millions de dollars de dépassement sont sans doute annulés par la chute des prix internationaux du baril de brut.

Selon une étude du Groupement patronal du Cameroun (Gicam), la contrebande fait perdre, en moyenne, aux entreprises chargées de la distribution des produits pétroliers une somme de 2,535 millions de dollars par mois. Cette perte est enregistrée dans les trois provinces septentrionales frontalières du Nigeria et du Tchad. Pendant ce temps, le pipeline Tchad-Cameroun a fait entrer dans les caisses du Trésor public camerounais des recettes de 6,435 millions de dollars entre janvier et mai 2008. Le Cameroun a ainsi empoché, depuis la mise en service du pipeline, il y a cinq ans, la bagatelle de 106,255 millions de dollars.

La pompe plus abordable

La spirale ascendante des prix du pétrole a entraîné une hausse de 54,14% des avoirs extérieurs nets du Congo.

A l’inverse, la chute des cours mondiaux du baril de pétrole a entraîné une cascade de baisses des prix à la pompe dans plusieurs pays africains. En Guinée, la baisse a fait passer de 7000 francs guinéens (1,4 dollar) à 1,1 dollar le prix du litre d’essence. Les tarifs des transports urbains ont suivi. Mais le gouvernement redoute la contrebande en direction des pays voisins. En Mauritanie, la baisse s’échelonne de 12% à 15%. Une deuxième baisse de l’essence et du gasoil est intervenue en République démocratique du Congo après celle de fin septembre. A Kinshasa, elle est de 6%. Une « forte baisse », selon l’Agence de presse sénégalaise, est intervenue au Sénégal. La Côte d’Ivoire aussi a décidé de baisser les prix des produits pétroliers de 8,7% pour le gasoil et de 12,5% pour l’essence.

Par Aliou Diongue, Dakar
http://www.temoust.org/spip.php?article7402

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