Les terribles événements au Kivu congolais ont aussi failli passer inaperçus. Aux alentours de la ville de Goma tombée aux mains de factions rebelles s'entassent des milliers de réfugiés dénués de tout. Pourtant, les Casques bleus de l'ONU - surtout des soldats indiens - étaient censés protéger les populations. Comme d'habitude, ils n'avaient ni ordre ni moyens et quand les premières instructions sont venues de New York, il était déjà trop tard.
Une fois de plus, la communauté internationale est mise en échec par des chefs de guerre dont on ne sait trop pour qui ils se battent, bien que l'éternelle rivalité entre Hutus et Tutsis soit mise de l'avant avec une ingérence plus que probable du Rwanda. On a pourtant du mal à croire qu'un général tutsi (Laurent Nkunda) poursuive victorieusement avec 4 000 hommes des rebelles hutus rwandais, dont des « massacreurs » de 1994, face à 40 000 soldats congolais réguliers qui chercheraient à empêcher (très mollement, la corruption aidant) ces intrusions « étrangères » sur leur sol...
La réalité pourrait être autre : le Nord-Kivu est riche en gisements aurifères, en étain, en métaux rares et en gaz naturel. Les guerres tribales profitent si bien aux trafiquants, en commençant par les marchands de canons qui s'approvisionnent auprès d'Etats aussi complaisants qu'intéressés...
Le partage des richesses naturelles reste le grand problème de l'Afrique, et pas seulement au Congo. A l'ouest du continent, diverses guérillas nigérianes s'entre-déchirent pour le contrôle des champs offshore. Les rebelles du Cameroun anglophone qui viennent de prendre en otage l'équipage d'un navire français veulent aussi, par tous les moyens, leur part de la manne pétrolière. Du Tchad à l'Angola en passant par le Nigeria, le Cameroun et le Gabon, les bénéfices de l'or noir enrichissent les potentats, jamais la population condamnée à un éternel sous-développement.
Mais les Européens vont intervenir dans le conflit du Kivu avant que les massacres ne dégénèrent en génocide. Bernard Kouchner, accompagné d'émissaires de l'UE, se rend à Goma, à Kinshasa et peut-être à Kigali au Rwanda. A part une mission de bons offices, les Européens ne peuvent rien d'autre. Leurs ingérences au Congo se sont toujours soldées par des échecs. Faute de moyens et de volonté politique.
http://www.camer.be/index1.php?art=3788